Nos Jeudis

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 6 mai 2010 dans Rue Meyrueis

bien sur, j'ai fini par me sentir coupable ; ne pas monter dans l'avion sans pour autant pouvoir blâmer une catastrophe naturelle était déjà beaucoup, après tant de plans sur la comète. Constater mon absence partout, sans pour autant savoir l'enrayer ne m'empêchait pas de penser que si j'avais eu le loisir de rejouer la scène plusieurs fois, je l'aurais toujours jouée ainsi. Le train a déraillé, a pris une direction inattendue et j'étais dedans. Mais c'est avec le retour des oiseaux migrateurs, quand j'étais ailleurs, sans mots et sans idées pour rebondir et me réjouir du printemps, quand j'ai manqué à nos rendez-vous, doublement, que c'est devenu trop redondant.


Je me sens toujours un peu bancale. Et impuissante et maladroite.
Mais tu es toujours là, et moi aussi. Aucune lettre ne sera jamais assez longue, ni aucune journée assez dense pour venir à bout de tout ce qu'on voudrait partager, pour estimer ne plus avoir le temps ou l'énergie, et devenir muettes. Nous sommes là, nous serons là. Nos lettres aussi. Et nous reviendrons, autrement...

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 29 avril 2010 dans Rue Meyrueis

ils sont revenus, en bande, comme ils étaient partis. Je lève les yeux de mes pieds douloureux, meurtris par les sandales fraîchement déballées, portées avec candeur une journée entière en feignant d'ignorer les pliures du cuir contre la chair nouvellement nue. S'agit-il bien des étourneaux, qui on retrouvé le chemin du retour, et volent en vague, en ligne brisée, en mouvement chaotique, mais contrôlé, dans un enthousiasme collectif ? La grue de l'automne, où ils s'étaient rassemblés est toujours là. Ils avaient prolongé la réunion d'avant voyage assez longtemps pour qu'on s'extasie, ils avaient recouvert la grue, bruyants, ils avaient sonné le glas des jours chauds. Cela nous avait paru prématuré, nous portions encore des vêtements légers.
La grue est encore là, l'immeuble a poussé. Je les observe de mon nouveau point de vue, trois étages plus haut. Je me demande si c'est bien eux.
Je me rappelle cette émission d'un autre printemps : étions-nous les seules à l'avoir écoutée? Etait-ce un poisson d'avril? Je n'ai jamais pu la retrouver. J'avais soulevé le problème de l'atterrissage, et du repos, et tu avais de ton côté imaginé une reproduction acrobatique, des œufs pondus en plein vol. Je me souviens que l'on s'était mutuellement demandées de valider cette étrange information, que personne n'a pu me confirmer : les étourneaux n'auraient donc pas de pattes?

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