Nos Jeudis

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 6 mai 2010 dans Rue linière


je me souviens parfaitement bien du printemps 2007 que nous avons passé ensemble, à Tokyo. Nous savions que quelques mois plus tard, nous serions séparées et même si, à l'époque des fleurs, tu étais encore bien là, dans la grande ville, nous avons commencé à penser au futur.
Je me souviens parfaitement bien de notre idée d'écrire un blog à deux et du soir où nous avons convenu du titre, des modalités de notre correspondance et du jour de publication. Tout nous est venu, au détour d'une de nos conversations, tout nous est venu, si naturellement. Et il aurait été absurde d'attendre ton départ en septembre pour créer notre adresse : nous étions tellement impatientes !
Depuis plus de trois ans, quoi qu'il nous soit arrivé, nous avons posté nos courriers publics dans cette boîte ouverte, nous offrant chaque semaine, la surprise mutuelle de nos mots, nos images...
Mardi soir, il s'est passé la même chose.
Parce qu'on a évoqué le début de notre lassitude commune de ce rendez-vous devenu un peu trop routinier, il a suffit de parler pour que les idées nous arrivent, en rafale, et que la même impatience qu'il y a trois ans naisse.
J'ai vraiment beaucoup aimé t'écrire ici toutes les semaines mais j'ai hâte, déjà hâte, d'être jeudi prochain pour voir de quelle manière tu sauras m'étonner.
J'ai hâte d'être jeudi prochain pour ouvrir la porte de notre nouvelle adresse.
Je t'embrasse,
Gwen.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 29 avril 2010 dans Rue linière


c'est à peine quelques heures après avoir appris que tu ne viendrais pas que j'ai pris cette photo en pensant "quelle ironie".
Pendant quelques jours, le ciel bleu de B. comme tant d'autres a été privé des jolies traces blanches que les avions y dessinent comme sur une ardoise magique.
Jeudi dernier, le ballet aérien avait repris et, soulagées, nous n'avions pas pensé qu'un événement autrement plus attristant que l'éruption d'un volcan viendrait bouleverser nos plans.
Il y a vingt-cinq ans, le ciel était aussi bleu en Belgique et les avions y traçaient aussi des lignes droites que mon grand-père, devenu aphasique, nous désignait sans se lasser comme si elles pouvaient nous dire ce que lui ne pouvait plus.
A notre départ, cependant, c'est en direction de notre voiture qu'il a tendu le bras et, dans son galimatias de mots, il y avait celui-là : "la petite".
Il savait sans doute aussi bien que moi qu'on ne se reverrait pas.
J'avais quatorze ans mais la petite, c'était moi.

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