
de Luc, nous n'avons connu, au début, que la voix. Il parlait par dessus la rue Colbert, avec Marie-Pierre, notre voisine d'en face.
Ils parlaient longtemps, accoudés à leur fenêtre, mais finissaient toujours par se dire "à tout à l'heure" : la voix de Luc se mêlait à celles des autres convives qui, à la fin de la soirée, entonnaient des chansons de Michel Fugain.
Marie-Pierre aimait beaucoup Véronique Sanson, également. Il nous aurait été difficile de l'ignorer.
Elle avait rencontré Luc à la piscine. Nous l'avions appris un soir où elle nous avait interpellés, en même temps que lui, pour nous inviter. Et, de son salon, nous avions regardé le nôtre, plongé dans l'obscurité. Et nous avions parlé plus bas de peur que Médor, qui avait grimpé à la fenêtre, nous entende et s'approche trop du bord.
A Tokyo, les rideaux s'écartaient chaque jour à 8H30, précisément. Mon voisin d'en face refermait la fenêtre derrière lui, le temps de la cigarette de son réveil, sur son balcon.
Ma voisine, elle, posait à peine un pied hors de sa chambre, le temps de programmer sa machine à laver.
De la vie secrète que menaient ces gens derrière leurs rideaux tirés, sous les néons allumés en pleine journée, je n'ai jamais rien su.
Lundi soir, mon voisin me tournait le dos, dans sa cuisine. Et s'il n'avait pas mis le couvert en même temps et disposé des bougies dans l'appartement, j'aurais pu croire qu'il allait manger des pâtes à rien, seul en survêtement. Mais, un peu plus tard, il a changé de pantalon et noué un tablier par-dessus sa chemise. Et, plus tard encore, les invités ont beaucoup agité les bras en parlant.
Quand j'ai éteint ma lampe de chevet, les bougies brillaient encore, de l'autre côté de la rue. J'ai pensé qu'aux beaux jours, j'entendrai des bribes de conversations ou, peut-être, de chansons. Et je me suis aperçue que ça m'avait manqué de voir la vie que les gens montrent, par leurs fenêtres.

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