
le ciel était bleu radieux par la fenêtre quand elle a dit que l'hiver la déprimait : les journées qui finissent tôt, la lumière qui fait défaut.
J'ai pensé qu'elle ne pouvait pas parler de Tokyo et ça m'a rappelé des souvenirs. Des souvenirs de goûters aux chandelles et au goût de cannelle alors que, le matin même, la lumière de la cuisine était allumée jusqu'à la fin du petit déjeuner et les réverbères jusqu'à la fin du trajet pour aller travailler.
Ça m'a rappelé l'hiver français, le vin chaud sur la grand'place, en descendant de la grande roue. Les joues et les mains gelées, les flocons qui dansent avant de s'écraser. La promesse d'une chaleur parfaite dès l'entrée, le parfum d'une soupe inventive ou d'un plat mijoté réchauffé.
Le ciel était bleu radieux par la fenêtre quand elle a dit que l'hiver la déprimait et le soleil brillait depuis potron minet : ici, il faut se lever avant le matin pour manger ses tartines à tâtons. Quant au déjeuner, jusqu'en janvier, il peut se prendre sur le balcon.
Chère Ga, je suis comme toi : j'aime l'heure où la nuit tombe.
Les jours bleus nous comblent de lumière à tel point qu'à l'heure du thé, on ne peut raisonnablement s'en sentir lésé.
Et les jours Baudelaire, il n'est jamais trop tôt pour que le noir profond nous aide à oublier qu'on n'a eu droit qu'à du gris dilué.
Oui, vraiment, j'aime cette heure précoce où, dans tous les quartiers de tout le pays, retentit la mélodie qui rappelle aux enfants qu'il faut rentrer se baigner et accorde aux plus grands le droit de penser à la soirée.
Oui, elle peut paraître prématurée mais pour qui, comme moi, ouvre les yeux aux premières lueurs de l'aube en hiver et en été, la nuit semble toujours méritée.
Car, si je n'ai jamais été une lève-tard, je suis vraiment, à présent, une fille du soleil levant.







