
c'est la nuit. Pas besoin du cadran d'un réveil pour savoir qu'il n'est pas loin de 4 heures.
Est-ce le rêve lui-même qui nous tire du sommeil ou le sommeil qui, à cause d'un bruit ou de quelque autre raison, s'interrompt au moment du rêve ?
Quoi qu'il en soit, on est éveillé. Assez pour rebâtir les contours de l'histoire que l'on vient de "vivre". Pas suffisamment pour en saisir le sens profond mais on pressent que le chercher pourra nous instruire d'une quelconque manière.
Il reste quelques heures à dormir et on a sommeil. Trop pour se saisir d'un papier, d'un crayon. Et, persuadé que ce rêve est tellement net, tellement parlant, tellement marquant... qu'on n'a pas besoin de le noter pour s'en souvenir... On se rendort.
Au matin, à peine nous reste-t-il la vague impression de nous être éveillé dans la nuit, d'avoir rêvé, certes... Mais de quoi ???
De la même façon : en assistant à cette scène, la semaine dernière, j'ai d'abord pensé que je ne pourrais pas l'oublier.
Mais qui peut être sûr de ça ?
Trop de rêves disparus m'ont rendue plus prudente : il vaut mieux que je te raconte ce qu'il s'est passé.
Sur le trottoir d'Ikebukuro, à deux mètres d'un passage piéton, en plein milieu d'une matinée très ensoleillée, une vieille femme dont la silhouette, entièrement vêtue de noir, faisait davantage penser à une Sicilienne ou une Portugaise en deuil qu'à une Japonaise... Une vieille femme, donc, se débattait avec sa canne qui l'encombrait et secouait rageusement son sac à main dont l'ouverture, tournée vers le sol, laissait échapper autant d'eau que s'il avait contenu un aquarium.
Alors qu'il faisait plein soleil et que j'étais sûre d'être parfaitement éveillée, j'ai vraiment eu l'impression de rêver.







