Nos Jeudis

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 24 septembre 2009 dans Otsuka


c'est la nuit. Pas besoin du cadran d'un réveil pour savoir qu'il n'est pas loin de 4 heures.
Est-ce le rêve lui-même qui nous tire du sommeil ou le sommeil qui, à cause d'un bruit ou de quelque autre raison, s'interrompt au moment du rêve ?
Quoi qu'il en soit, on est éveillé. Assez pour rebâtir les contours de l'histoire que l'on vient de "vivre". Pas suffisamment pour en saisir le sens profond mais on pressent que le chercher pourra nous instruire d'une quelconque manière.
Il reste quelques heures à dormir et on a sommeil. Trop pour se saisir d'un papier, d'un crayon. Et, persuadé que ce rêve est tellement net, tellement parlant, tellement marquant... qu'on n'a pas besoin de le noter pour s'en souvenir... On se rendort.
Au matin, à peine nous reste-t-il la vague impression de nous être éveillé dans la nuit, d'avoir rêvé, certes... Mais de quoi ???

De la même façon : en assistant à cette scène, la semaine dernière, j'ai d'abord pensé que je ne pourrais pas l'oublier.
Mais qui peut être sûr de ça ?
Trop de rêves disparus m'ont rendue plus prudente : il vaut mieux que je te raconte ce qu'il s'est passé.

Sur le trottoir d'Ikebukuro, à deux mètres d'un passage piéton, en plein milieu d'une matinée très ensoleillée, une vieille femme dont la silhouette, entièrement vêtue de noir, faisait davantage penser à une Sicilienne ou une Portugaise en deuil qu'à une Japonaise... Une vieille femme, donc, se débattait avec sa canne qui l'encombrait et secouait rageusement son sac à main dont l'ouverture, tournée vers le sol, laissait échapper autant d'eau que s'il avait contenu un aquarium.

Alors qu'il faisait plein soleil et que j'étais sûre d'être parfaitement éveillée, j'ai vraiment eu l'impression de rêver.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 24 septembre 2009 dans Rue Meyrueis


les cheminées ne fument pas, il n'y a pas de vendeurs de marrons, ni de tas de feuilles à éparpiller ; tout juste l'odeur de celles des platanes sur le grand boulevard s'est elle renforcée, annonçant une prochaine et éventuelle chute. Et si rien ne se passait?
Les lycéens s'obstinent à transpirer dans leurs collants, à étrenner leurs nouvelles bottes. Au marché, des potirons, des courges, du miel. Voici revenu le sujet "ramassez et collectez des fruits et végétaux de saisons".
Allons-nous encore devoir ramasser des feuilles mortes, des marrons, ou des châtaignes, des fougères à mettre à sécher entre deux pages de dictionnaire? Allons-nous vraiment commencer une collection qui ensuite perdra ses couleurs, définitivement ? Devrons-nous poser en gilet roux, un panier tressé à la main? Allons-nous jouer au bûcheron ? Devrons-nous réinventer la recette du chocolat chaud? Serons-nous condamnés à aller aux champignons ?

Petite Ourse à récolté un petit violon, décroché aux branches du luthier. Une forêt impressionnante de bois en tous genres, sculptés, polis, ou encore bruts. Une belle couleur orange épinglée dans un étui de velours vert sapin.
Septembre est la friche des expériences à venir, le chantier de toute une année. Et, puisque nous avons passé les bouts d'essais, que nous voici à nous-mêmes encore révélés, nous allons pouvoir commencer de jouer, entre les jalons désormais posés.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 17 septembre 2009 dans Otsuka

sur les photos qu'il m'a montrées, j'ai cherché à reconnaître Ismaël. Ce n'était pas qu'une question de coiffure, tu t'en doutes. Mais le jeune homme brun aux cheveux frisés assis en face de moi n'avait pas grand chose à voir avec le blondinet aux cheveux raides dont il me tendait le portrait...

Sur ce cliché, bien sûr, je me reconnais.
Mais j'ai du mal à me trouver des points communs avec la petite brune que j'étais.

Un appareil dentaire a définitivement modifié mon sourire quelques années après cet été.
Moi qui ne bredouillais qu'un "oui" embarrassé et approximatif à Lilianne qui, chaque fois que j'allais lui acheter des oeufs, me demandait : "et tu t'plais bien à Vance ?!". Moi qui aurais aimé disparaître sous terre à chaque fois qu'on m'adressait la parole... Je n'éprouve à présent aucune difficulté à parler en public.
J'ai, heureusement et définitivement renoncé à porter une raie de milieu vers 14 ans et, à partir de 17 ans, j'ai recouvert mes cheveux de n'importe quelle couleur plutôt que de continuer à supporter cette teinte originelle trop fade.
A défaut d'être devenue une as des travaux manuels, je suis, maintenant, dotée d'un minimum de sens pratique qui me permettrait d'écrire SARMA sur toute la largeur de mon tee shirt et pas seulement sur la partie droite !
Et puis... je ne suis pas devenue épicière et ne saurais que trop m'en réjouir alors que, cet été-là, aucun rêve d'avenir ne me paraissait plus beau que celui de tenir un magasin !

Non, décidément, je ne lui ressemble plus beaucoup à la fillette de la photo !
D'ailleurs, à mon âge, il serait plus raisonnable de chercher sur les traits de Mamy ceux de la femme que je vais devenir...

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 17 septembre 2009 dans Rue Meyrueis


je n'ai pas eu la main très verte cet été. Les tournesols nains ne sont jamais sortis de terre, le persil a fait grise mine. Les plants de tomates cerises sont montés à une hauteur appréciable, avant de sécher et de retomber en fanes jaunes. Le basilic et la verveine citronnée n'ont pas résisté aux chaleurs intenses de l'appartement, et la petite plante carnivore sur laquelle nous avions fondé beaucoup d'espoirs, dont celui d'en faire un mini panorama de jungle exotique avec figurines et mousses, est morte il y a quelques semaines. Mêmes les sauvageonnes Morning Glory qui ne s'en laissent pas compter ont jeté l'éponge avant d'avoir éclos la moindre fleur. En nettoyant le balcon, en jetant les pousses cuites et en rassemblant la terre dans un grand pot, je me suis demandée quoi faire de mes gants et de mes pots de graines, des caches-pots variés, et de mes envies de jardin. Les petits bâtonnets de glaces en bois, recueillis et tamponnés soigneusement des noms des futures fleurs sont retournés, intacts, à la cagette. C'est désormais le moment de planter la mâche, et les potirons. Qui seraient bien à l'étroit dans mes pots de citadine.
En revanche, le salon regorge de cartes et de photos épinglées, d'affiches encadrées, de pages arrachées, d'articles découpés, de catalogues à taillader en cas de besoin urgent de couleurs. Il y a toujours un projet d'étagère nouvelle qui traine, des croquis de plan de bureau, de boîtes de carnets à ré-agencer. A défaut de pouvoir pousser les murs.
Et je ne peux m'empêcher dans un paradoxe flagrant de schizophrénie, malgré les cris que je pousse à chaque nouvelle avancée des papiers sur nos vies, quand je vois nos espaces soigneusement circonscris derrières des commodes-barrières attaqués par cette masse froissée qui pousse toute seule, je ne peux m'empêcher de trouver ça, malgré tout, rassurant. Encourageant. Inspirant.
La solution existe toujours, et ce n'est jamais celle de jeter. Alors je comprends la perplexité des Ourses quand armée d'un sac noir de 30 litres, mon bras mime le grand débarras, cependant que je le retiens, et les exhorte à ne pas se laisser déborder. A toujours rester maîtresses de leur troupeaux.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 10 septembre 2009 dans Otsuka

"La vie change", disait Hiro ce week-end, en ayant l'air de regretter que la sienne reste immobile tout en se réjouissant, en même temps, que personne ne se mêle de la modifier sans le consulter.
Et je me sentais dans une contradiction au moins aussi grande : ayant envie que ces trois jours durent toujours mais aussi que la suite advienne, y compris les incontournables corvées qui lui sont associées.

"La vie change", c'est ce que je me suis dit à la fin de notre conversation lundi, après t'avoir écoutée dresser le portrait de ta rentrée, de tes projets.

Hier soir, j'ai ouvert mon "cahier de je veux".
Lorsque je les y consigne, mes souhaits me paraissent désordonnés et flous et, pourtant, à la relecture, je constate au contraire à quel point ma route est droite et à quel point chaque jour, ajouté aux autres, me permet de continuer à la tracer, à la forer.
Ma vie change et, à ma grande surprise, toujours dans le sens dans lequel j'ai décidé de l'écrire.

Je suis sûre qu'Hiro arriverait à la même conclusion s'il relisait, dans son entier, son "cahier de vie" qui ne le quitte jamais.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 10 septembre 2009 dans Rue Meyrueis


''I got my shoes on, I got my feet on
But I can't find my way home



I got my penny in my pocket
But I can't find my way home''

Dans la voiture le garçon a laissé ses disques. Le poste est resté calé sur un album, alors on l'écoute ; une musique que j'ai boudée quand elle était actuelle, il y a longtemps ; dont le nom de groupe ne m'évoquait guère que sa collection de T-shirts décalés, et lui qui déjà, me fascinait ; des salles de concert où je n'allais pas, des façons de faire la fête entre potes, en se bousculant, en riant fort, en buvant des bières. Des préjugés. Du "je trouve ça nul", sans avoir jamais vraiment écouté. De la peur surtout, de devoir pogoter avec ses potes.
Et aujourd'hui, je ne passe pas au disque suivant, les enfants -ceux du garçon- de l'arrière me demandent de monter le son, et de remettre, encore, la chanson qui trouve enfin son chemin vers mon oreille.



''I got a brother, I got a sister
But I can't find my way home



I got a compass in my pocket
But I can't find my way home''

En remuant les jambes autant que le volant me le permet, je me dis que c'est exactement ça qu'il faudrait à Petite Ourse, sur le chemin de l'école : un refrain rebelle, un gentil pogo, pour contrer sa méchante boule dans la gorge.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 3 septembre 2009 dans Otsuka

mon premier souvenir de sa mère remonte à mes 4 ans : elle était à Paris où atterrissait mon avion après avoir survolé une bonne partie de la terre.
Quant à son père, il a été très patient à l'égard des grincements que je tirais de mon instrument.
D'elle, j'ai connu très tôt le bleu des yeux.
De visite en visite, ses jambes ne cessaient de s'allonger et elle ne se déplaçait jamais sans une provision de livres.
Les tartes de Mamy, la voix de la mère de Bamby, tout comme le jardin du sentier du moulin font partie de notre patrimoine. Et nous apparaissons sur les photos du même mariage, en 1995.
Depuis quelques années, elle s'est arrêtée de grandir mais elle ne cessera jamais de lire. Et, cette fois, c'est elle qui m'a offert un roman de Neil Gaiman.
Lorsqu'elle parle de choses que nous avons connues, j'ai l'incroyable impression de revoir ma vie comme filmée sous un autre angle, ma vision se trouve enrichie par la sienne et je me surprends à penser quelquefois :"c'est merveilleux, tout de même, d'avoir une cousine" !
Depuis trois semaines qu'elle est là, je la vois poser sur le monde son regard toujours aussi beau et bleu et empreint d'une curiosité éclectique. Pourtant, elle dit qu'elle pourrait s'accommoder de la cécité mais jamais de la surdité.


Dans la ville, j'essaime les souvenirs de nos rendez-vous.
Je crois que je ne passerai plus à Shibuya sans penser à Laurie.
J'attendais, dans la foule, pour traverser. Je la regardais, en face, arrivée en avance. Plus grande que la moyenne des gens qui l'entouraient, elle brandissait son micro vers le coeur du carrefour.
Elle semblait si tranquillement heureuse.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 3 septembre 2009 dans Rue Meyrueis


le ciel est gris, la mer est gris-bleu. J'aurai pu rameuter des petites copines, mais j'ai préféré être égoïste, les garder rien que pour moi. La mer est chaude et le vent frais. Un temps parfait pour un bain vivifiant. Mais on a préféré rester dans la tente, à feuilleter des pages, à mimer des histoires. Des étudiants, quelques raquettes en bois, et encore des vendeurs de glace. Quelques familles, quelques planches en polystyrène pour glisser au bord. Les maillots dans le sac, et nous dans la tente. Un goûter, et nous, rien que nous. Pas de projection sur ce qu'on fera après, ni ce soir, ni demain. Le bruit des vagues, et la toile qui ondule sur nos têtes. Quelques oiseaux en formation en V, pas d'avion. Un cerf volant, du sable qui colle. Toutes les trois allongées. Un bon bain, dans l'eau colorée par les sels mauves, dans la salle de bain. Un dîner, avec des ricanements, une histoire ; un couvre-feu. Le dernier jour des grandes vacances.

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