
c'est toujours la même naïveté qui me permet de croire, dès que j'instaure un rituel, qu'il pourrait durer éternellement...
j'ai connu la vie en open space pendant un mois et ça m'a parfaitement convenu.
Mais à présent que des rayons du soleil viennent musarder dans mon lit et que mon agenda s'emplit à nouveau de quelques rendez-vous, je sais que tout va changer, que j'aurai très bientôt davantage envie d'aller marcher autour du botanique à mon réveil plutôt que de m'asseoir en terrasse, à la table voisine des dames aux chiens qui s'y retrouvent tous les matins .
Je ne suis décidément pas faite pour une vie entière au même endroit.
J'ai su que Lysianne avait demandé de mes nouvelles.
J'ai travaillé dans le même rayon qu'elle il y a exactement vingt ans. C'est étrange de penser que, durant tout ce temps, elle était dans le même magasin alors que je n'ai jamais pu rester en place plus de trois ans...
Peut-être qu'elle croise encore en salle de pause la collègue qui élevait des pékinois pour arrondir ses fins de mois et qui, sûre d'elle, m'avait affirmé : "Si tu n'aimes pas les chiens, tu n'aimes pas les hommes !"
Je sais que, ici aussi, la vie va continuer sans moi.
Que les dames aux chiens se rencontreront encore longtemps à la même heure.
Peut-être que l'une d'entre elles, voulant parler de cet été, dira à ses amies : "Mais si, vous savez, il y avait cette étrangère qu'on voyait tous les matins et qui, du jour au lendemain, n'est plus venue..."
Une autre renchérira : "Ah oui, c'est vrai ! A sa façon de regarder les chiens, on se demandait si elle aimait les humains !"
A ce moment-là, je serai ailleurs. Sans doute loin. Occupée à inventer un nouveau rituel dont je voudrais croire qu'il va durer des années.







