Nos Jeudis

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 29 janvier 2009 dans Otsuka

en-dehors des heures de pointe, la Yamanote est assez comparable à un café.
Les distributeurs de boissons sur le quai font office de comptoir où passer commande.
La voix féminine accueille les nouveaux voyageurs à chaque station au même titre que les "hirashaimase" des serveurs.
A l'intérieur, c'est bien chauffé et les activités sont assez semblables : discussions entre collègues, copains de classe ou amis. Siestes inopinées ou décidées. Lecture. Ecriture.
De même qu'en été dans le but d'échapper à l'écrasante chaleur, il m'arrive en hiver de monter dans le train vert circulaire à rebours de ma destination et de profiter du chauffage pendant une heure plutôt que dix minutes.

Elle monte accompagnée de son petit garçon et s'assoit en face de moi.
Très droite et digne, feuilletant un magazine.
Lui, la coiffure complexante, l'uniforme d'écolier impeccable, les chaussettes immaculées et tirées jusqu'aux genoux, panoplie d'enfant sage et peu contrariant prêt à se donner du mal à être ce qu'on attend de lui. (As-tu déjà remarqué quelle forte personnalité on devine pourtant chez ces enfants apparemment soumis ?)
Poliment, posément, il se tourne vers sa mère qui lui tend un cahier à spirale et un portemine.
Il me regarde mais pas seulement moi : les autres aussi et les publicités au-dessus de nos têtes.
Il hésite pendant un si long temps que je finis par penser qu'il va renoncer. Mais non : il pose son crayon sur le papier et d'un geste délié et sûr de lui, il trace une forme abstraite, ronde, allongée, directement sortie de son imagination qu'il noircit, ensuite, par endroit. Il est concentré mais parle un peu avec sa mère, de temps en temps.
Chère Ga, comme j'aimerais que toi et ta grande Ourse, pour changer du café, vous montiez dans la Yamanote et que, pendant quelques tours de train, pendant quelques heures, on puisse discuter. Pendant que, toutes les deux, vous dessinez.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 29 janvier 2009 dans Rue Meyrueis


je n'arrête pas de faire des petits bonds dans le passé. Des petites saynètes d'avant surgissent, et me donnent dans le nez des odeurs familières, dans le coeur des impressions dépassées, d'une autre vie.
Il y a bien sûr, les adolescents des rues qui me renvoient à des époques que je pensais révolues, celles des chèches et des pantalons qui collent ; la mode fait du mal aux jeunes, ils ne le savent pas encore. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas, et pourtant ces slims aux hanches mal contenues sont partout. Il me vient à l'esprit que les casque d'ipod, s'ils avaient des écouteurs en mousse orange, ne dépareilleraient pas au tableau.
Il y a des fois où je me crois à Grenoble, des fois où je me comporte comme à Orléans. Et j'ai des envies qui s'effacent d'elles même, quand affleurant à ma conscience, elles me prouvent que je ne suis plus au bon endroit pour ça.
J'ai finalement pas mal déménagé, et jusqu'à présent, je ne gardais que la crème de chaque endroit. Des grappes d'amis, qui y continuaient leur vie et nous détachaient du passé, nous ancraient dans l'actuel. Des souvenirs tendres, les mauvais finissant par s'effacer tandis que les fous rires prenaient à chaque relecture de nouvelles intensités. Des théories sur l'architecture, l'ambiance des rues, l'amabilité des citoyens. La satisfaction d'avoir connu autre chose, qui me permet les comparaisons et me donne une bonne assise quand je tente d'affirmer un goût, une volonté, une logique ; une trajectoire.
C'est très dur à décrire et pourtant ça arrive de plus en plus souvent, de me tromper d'endroit et d'époque. C'est exactement la même certitude que celle qui m'étreint quand un ancien parfum convoque les circonstances exactes d'un jour précis. Energizing fragrance : ma robe longue en coton noire, qui tend mon ventre rond, le bol de Lapsang souchong que je n'ai jamais le temps de finir, la clio bleue, le trajet quotidien dans la ZAC, des mules bordeaux portées indéfiniment, le soleil dans la cuisine, la table ronde un peu bancale, le tout en une fraction de seconde. Sauf que là, rien ne provoque ces feed back.
Je me sens comme un disque qui devient vieux et qui ripe sur ses rayures. C'est un peu déroutant.
Rien de grave pourtant. Juste l'éternel syndrome du "je ne sais pas où je suis bien".

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 22 janvier 2009 dans Otsuka


à la nuit tombée, je suis dans la Yamanote et je regarde les fenêtres éclairées.
ça me rappelle les soirs où nous quittions Bruxelles. Les rideaux encore ouverts laissaient voir les vastes appartements illuminés par les lustres à pampilles qui m'ont toujours fait rêver, chez les brocanteurs de la rue Haute. C'était dimanche soir, je les apercevais fugitivement, derrière leurs fenêtres, ils habitaient là, eux, j'aurais voulu ne pas partir, j'aurais voulu être eux.
A la nuit tombée, je suis dans la Yamanote et je n'envie personne.
Ils sont derrière l'écran de leur ordinateur pour de longues heures encore.
Ils sont dans une salle de classe, la tête penchée vers un livre quand elle n'est pas tournée vers le tableau.
Ils travaillent. Ils sont coiffeurs, serveurs. Leur soirée ne fait que commencer, loin des lustres à pampilles.
Dans la ville, les surfaces sont vitrées. Chaque train, chaque café est une sorte d'observatoire.
La vie des trottoirs est publique. On sait que, partout, alors qu'on marche ou qu'on sourit, il y a, peut-être, quelque part, une vigie.
Et, parfois, on lève les yeux, fortuitement et on les voit. Ils fument ou téléphonent, dans une cage d'escalier ou sur un balcon. Ou ils ne pensent à rien, au comptoir d'un café. Et nos regards se croisent.
On s'habitue. On les sait présentes en permanence, quelque part, ces rétines sur lesquelles on ne fait que passer, qui ne retiennent qu'à peine la couleur de notre écharpe.
Et quand c'est moi dans les trains, dans les cafés, sur les toits, j'y passerais des heures, à les regarder vivre.
Mes yeux s'ajoutent aux leurs.
Tokyo est ainsi. Une ville qui nous voit partout et à chaque instant.
Jusqu'à ce qu'on rentre chez nous et qu'on tire les rideaux.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 22 janvier 2009 dans Rue Meyrueis


je n'ai pas encore feuilleté le calendrier que tu m'as envoyé ; je l'ai posé à la place du précédent, sur le coin de mon bureau. Tous les matins, je noircis le jour d'avant. Je tournerai les pages en temps voulu. J'ai ainsi, comme l'année passée, une occasion de plus de me rapprocher, en pensée, de la Grande Ville.
C'est d'ici que je note les changements de saison. En ce moment, le soleil disparaît derrière l'immeuble d'en face à 14h42. Au mois de juin, c'est aux environs des 16h20 que la lumière et la chaleur commencent d'être insupportables. En novembre, les matins derrière cette baie vitrée me glacent les jambes. En septembre, je la ferme avec désolation sur les coups de midi, la chaleur restant préférable au vacarme des lycéens qui s'approprient la rue.
Je me souviens de la clarté des saisons de la seconde année, dans la Grande Ville ; un tour complet des 12 mois avait permis d'élaguer tous les flous de cette inhabituelle routine. Je m'étais habituée aux carillons de chaque après midi -était ce à 16h ? J'avais fini par aimer le jour qui jamais ne se prolongeait au delà de 18h30, les lumières qui se modifiaient alors, transformaient doucement l'atmosphère. La certitude étrange et irrationnelle de bénéficier alors d'un laps de temps en plus.
Que penser de l'injonction de janvier de ton calendrier, de se laisser aller à la détente et au plaisir du bavardage, à la faveur d'un thé, quand le thé que je bois en le biffant est précisément mon thé de travail? Depuis la France, je partage si peu de bavardages autour d'une tasse -quand est-ce que cette mascarade va cesser? Je ne sors plus ; ça ne me manque pas. Pas ici. Je crois pourtant que ça n'est pas sain.
Je prends la mesure de chaque jour, et je pense aux jours à venir, quand nous serons à nouveau dans le même rayon de soleil.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 15 janvier 2009 dans Otsuka

nous étions en 5ème et il faisait beau.
J'avais mis un tee shirt pareillement échancré en V devant et dans le dos par-dessus mon maillot pour aller à la piscine découverte.
Quinze jours après notre premier baiser, je l'avais vu en embrasser une autre sur le bord du bassin. M'enfuyant pour ne pas pleurer devant lui, j'avais croisé Karine dans les vestiaires. Elle avait brièvement posé sa main sur mon bras quand je lui avais dit : "c'est fini avec Pascal". Elle n'était pas forte en effusions et moi, je n'aimais déjà pas les mélos.
Au moment des adieux de fin d'année et de signatures dans les agendas, elle avait écrit "un de perdu, dix de retrouvés" en mémoire de notre unique moment de complicité.
Pascal, lui, n'avait pas signé sous son "Dieu est un con". Tout était dit.
Il avait quitté le collège avant l'arrivée de Jésus, un garçon cruel et brutal avec qui il n'aurait sans doute pas sympathisé.
Sans le savoir, Pascal Dieu m'avait rendu la monnaie de ma pièce puisque, à peine quelques semaines avant, c'est moi qui avais infligé une rupture à peine plus élégante à Thierry, mon tout premier amoureux.
Nos amours débutantes et naïves ne sont pas dépourvues d'enseignements car je ne peux pas croire que c'est par hasard que, dans ma vie sentimentale, il n'a plus jamais été question de ruptures.
Seulement de pleurs partagés puis d'aimables séparations au moment d'un mutuel et raisonnable : "Restons-en là, veux-tu bien ?", au moment où il reste l'estime, à défaut de l'amour.
Aussi, quand j'ai lu, dans L'exposition de Nathalie Léger : "Ce sera la plus belle photo que j'ai faite de toi, m'a dit l'homme que je quittais et qui ne le savait pas encore.", je me suis souvenue que c'est une catégorie de femmes à laquelle je n'appartiens pas : celles qui quittent. Pas plus que je ne fais partie de celles qui sont quittées.
Ou de celles qui portent des chaussures à talons.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 15 janvier 2009 dans Rue Meyrueis


sais-tu pourquoi il y a des trous sur la plupart des modèles de boîte aux lettres? Penses-tu que les enveloppes aient besoin d'air? Est-ce en cas d'averse violente ? Ces trous sauveraient-ils le papier de l'imbibation, ou pire, de la moisissure en cas d'absence prolongée ?
Quand je suis au balcon, au moment de la cigarette du soir, je me comporte comme un auteur de brèves de comptoir ; ainsi, moi qui ne supporte plus depuis longtemps les espaces enfumés, qui apprécie une bouffée tant qu'elle me permet de sortir, qu'aurai-je à faire sur mon balcon aux alentour de 23h si je n'avais pas de tabac à tapoter? J'aime ces moments, emmitoufflée si il le faut, à la balustrade, quand je m'appuie en contemplant la rue, laissant libre court à mes pensées. Un peu de contemplation clôt si bien la soirée.
Je devrais installer une petite chaise, et une couverture. Mon balcon est tout petit, et si je m'asseois j'aurais le nez à hauteur du brise-vue, et ça serait parfaitement ridicule. Et puis je ne suis pas sûre d'éprouver le besoin de sortir pour rien. Peut être devrais-je y abandonner un petit bloc pour noter des brèves du soir ; des turpitudes existentiello-féminines ; des lettres. Du papier pour mon courrier, trop souvent en retard, dans une boîte.
Mon balcon serait l'endroit idéal pour une boîte aux lettres. Et comme il y a un troisième étage au-dessus de ma tête, elle n'aurait pas besoin de trous.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 8 janvier 2009 dans Otsuka


quand je m'asseyais sur un banc, ce n'était pas sur la probabilité d'y rester seule ou pas que je pouvais spéculer mais seulement sur le contenu de la conversation. Or lui, il restait imprévisible.
Mais rester seule, ça, non, ça n'arrivait pas. Même si j'avais les yeux fermés, le visage tourné vers le soleil. Même si j'étais en train de lire. Même si, de toute autre manière, j'affichais publiquement ma volonté de rester seule.
Sur les bancs, où que ce soit, c'était comme si, chaque jour, ils venaient parler là, comme si la personne qui s'y trouvait déjà importait peu...
Ainsi, il était rare que j'aie droit au début de l'histoire, je devais prendre les choses en cours et les comprendre (ou pas). Là n'avait pas l'air d'être la question.
Aux Tuileries, il m'avait dit qu'il sortait de Ste Anne et, dans mon ignorance de jeune non-Parisienne, je n'étais pas parvenue à deviner s'il s'agissait d'un hôpital psychiatrique ou d'une prison !
Au jardin des Beaux-Arts de Tours, c'était une errance professionnelle, un chantier naval au Havre. Puis plus rien et la misère.
A Orléans, il m'avait lu des poèmes qu'il écrivait et publiait à compte d'auteur. Jean et blouson de cuir, le look de Lavilliers était assez répandu, je crois, dans les années 80.
Réceptacle de leurs histoires, je suis un peu devenue leur mémoire sans, certainement, m'imprimer dans la leur.
Je ne me souviens pas, en revanche, de la moindre parole que, moi, j'aurais pu prononcer. Sans doute n'en attendaient-ils pas autant de moi. J'avais un rôle de figurante, un rôle muet.
Seules les vieilles dames du jardin des plantes m'avaient demandé la permission avant de s'asseoir à l'autre bout de mon banc. Je n'avais rien dit d'autre que "oui" aussi j'avais pensé que celle qui s'était exclamée devant mon accent d'Orléans devait avoir des talents de divination plutôt qu'une bonne oreille.
De ce côté-ci du monde, il est également rare que je reste longtemps assise seule. Mais j'en apprends moins sur les gens qu'ils en savent sur moi. Je me plie aux questions de routine : d'où je viens, depuis combien de temps, est-ce que j'aime la cuisine japonaise...
Je me demande souvent s'ils m'oublient sur-le-champ ou s'ils vont se souvenir, eux aussi, pendant une vingtaine d'années, de ce moment passé sur un banc.
A côté de moi.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le mercredi 7 janvier 2009 dans Rue Meyrueis


c'est assez pénible d'avoir des obligations que l'on s'impose soi-même, elles sont les pires. Je dois écrire, parce que je me le suis demandé. Parce qu'il est grand temps de rassembler les bouts de bribes pour voir si ça forme pelote. Parce que ça me plaît. Et que vendeuse de pelote, je crois que je saurais le faire. J'ai malheureusement lu cette phrase dans un manuel, un conseil, qui aurait mieux fait de se casser la jambe - c'est pire que les obligations, les conseils, ça vous égare et vous met la pression, vous fourvoie dans la mauvaise direction, vous fait oublier votre propre bon sens qui lui, vous aurait mené à bon port de bien meilleure et plus agréable façon-, cette phrase qui disait "vous devez être parfaitement convaincu que votre histoire est l'histoire du siècle". Rien de moins. On doit penser : " Il est capital que cette histoire passe entre les mains d'un maximum de personnes, tant elle transcende tout ce qui a été et sera jamais écrit". Alors à chaque fois que j'écris, et que je me relis, contemple mes pages accumulées, il y a toujours un malaise qui se glisse derrière mon épaule, s'arrange pour poser sa bouche pas trop loin de mon oreille, de façon à ce que j'entende, si bas, mais distinctement :"pffff....c'est nul". Et je ne te parle pas des fois où il rigole carrément, sans se gêner.
Dans ces cas-là, en général, je change de support. J'écris ailleurs, plus loin, je passe au clavier. Ou je vais me faire cuire un oeuf.
Des fois ça marche, des fois pas. Et alors, mon histoire meurt, dans la honte et les quolibets.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 1 janvier 2009 dans Avenue de France

lundi, la neige tombe en flocons hypnotiques. Seule, décalée par notre avant-réveillon, j'engloutis à 16h un demi litre de soupe aux épinards et à l'artichaud. (La nuit avait été courte, et en fin de soirée - milieu de nuit-, le rhume s'était invité). Ça a l'air d'une punition, mais je suis au sommet d'un pic de petit bonheur. La lumière orangée, le parc qui se transforme, le silence de la maison, la lecture et l'avancée de la soirée valent pour moi toutes les sorties en luge de la terre. Quand ils rentreront, la nuit sera tombée, ils auront les joues rouges et soupireront du grand air.
Dimanche, au lieu d'aller sautiller dans les parcs, emmitouflée comme de bien entendu, Grande ourse se défile dans notre chambre, un livre à la main. Sur les draps fraîchement lavés, nous nous sommes alors étendues côte à côte, dans le rayon de soleil qui chauffe la vitre. Elle lit, je lis, nos épaules se touchent. Elle commente les illustrations qu'elle a sous les yeux, et je lui fais alors la lecture à voix haute.
Samedi, je marche jusqu'au salon de thé. J'embête la serveuse : en hésitant trop longtemps devant la carte, en demandant ce qu'il n'y a plus, et en modifiant deux fois mes choix. Je paie la note pour tous les trois, et sur la machine à carte bleue me trompe plusieurs fois.
Mardi, soirée cinéma. Les années quarante, des violons et du spectacle grand écran. J'ai envie de m'acheter un tailleur et de me faire des crans.
Mercredi, nous nous levons tard, et tazounons comme si nous étions à la maison. Sur l'écran, ton plaid est de bon augure, orangé, la couleur du bonheur. Pour la première fois depuis que l'on se connait, nous partageons un bout du passage à la nouvelle année. On évoque nos emplois du temps, nos résolutions.
Je dis que je n'ai rien à quoi me résoudre, cette année, et nous rions de cette impossible perfection.
C'est vrai que je n'ai plus de résolution à tenir. Juste des voeux à formuler.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 1 janvier 2009 dans Otsuka

A Noël, on a parlé de ça : de l'immense impatience enfantine qui précède cette fête puis du vide qui lui succède : comment ça, c'est déjà fini ?. Et aussi de cette fébrilité très adolescente qui tend tout notre être vers un événement important et nous projette dans une attente irrémédiablement infinie.
Le temps n'est plus le même, depuis que nous sommes adultes. Et l'ancienne hâte s'est muée en patiente impatience.
A présent, on sait, en effet, que le temps de l'attente peut être bon, lui aussi -et pas seulement horripilant-
Dans mon nouvel agenda, j'ai noté quelques dates. Des anniversaires, des rendez-vous. Mais si peu. Tant de pages vierges impressionnent en même temps qu'elles laissent libre cours à l'imagination.

Parfois, face à cet avenir si blanc, je me dis qu'il doit être commode de porter un nom qui prédestine : on doit moins se poser de questions ! Quoi faire sinon écrire de la poésie quand on s'appelle Jacques-Henri Michot ? Vers quoi d'autre se tourner que le cinéma quand on se nomme Steve Mac Queen ?
Si j'avais un nom qui m'indique autant la voie que ceux-là, je ne sais pas si je me poserais autant de questions que celles auxquelles 2009 ne me permettra sans doute pas de répondre !

C'est la saison des horoscopes et des boules de cristal en plus d'être celle des bonnes résolutions.
Je ne peux le nier : j'aimerais, de temps en temps, jeter un oeil par-dessus l'épaule du scénariste qui s'occupe de mon cas.
Mais, dans le fond, je crois que ce qui me va vraiment et que je vais continuer à faire, c'est vivre chaque jour comme une pochette surprise.

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