ça pourrait être le début d'un conte : "il était une fois, trois soeurs sur le berceau desquelles les fées s'étaient penchées"...
On apprendrait, ainsi, que l'aînée, dès la naissance, avait été dotée de dispositions également dispersées dont elle fit bon usage, se défendant tout aussi bien en français, en maths, en anglais, en économie, en sport mais aussi en dessin.
Le seul défaut modérant ses talents n'était pas très grave : ne pas savoir inventer d'histoires ne l'empêchait en rien de savoir bien les illustrer. De même que, maintenant, ne pas avoir créé les images ne l'empêche pas de joliment les encadrer.
La cadette, elle, n'avait aucun goût pour les tableaux de conjugaison et les tables de multiplication mais s'emparait tout naturellement des pinceaux, crayons et pastels ainsi que de toute autre technique artistique afin de créer un univers coloré et fantasque, peuplé de personnages muets mais expressifs, prompts à déserter le papier pour évoluer sur le tissu des vêtements qu'elle cousait.
A la naissance de la benjamine, les fées devaient s'être lassées ("Quoi ? Encore une fille ? Et brune hirsute avec ça, même pas blonde et bouclée ???"). C'est pourquoi, elle hérita de davantage d'incapacités que de dons.
Très vite, elle se révéla paresseuse, inapte aux mathématiques et au cheval d'arçon, médiocre musicienne et, surtout, totalement incapable de faire quoi que ce soit de ses dix doigts. Il ne lui fut donné qu'une aptitude et un goût innés pour la langue française -sa grammaire, son orthographe mais aussi et surtout, sa littérature...
Chère Ga, tu m'as bien sûr reconnue : je suis cette petite dernière-là et, au cours de ma vie, j'ai vaguement, paresseusement et vainement tenté de me rebeller contre mon destin tracé par les fées : dix ans de course d'orientation, dix ans de violon, un échec à la tentative de passer en 1ère A1 (lettres/maths, en cette époque lointaine de la fin des années 80)... Mais aussi : quelques pulls faits main, quelques dizaines d'heures dans l'obscurité d'un labo photo...
Je ne sais pas pourquoi je m'obstine ! Je pourrais m'y résoudre et ne pas penser, en ramassant les papiers et les photos dans la rue que "je finirais bien par en faire quelque chose".
Je pourrais admettre que non, je n'ai rien à voir avec le verbe faire et que les appareils photos instantanés ont été inventés pour moi qui ne supporte pas l'idée de manquer quelques heures d'ensoleillement en plein air pour les passer dans une chambre noire... Et que, de cela, je peux me contenter.
Pourtant, il y a des jours comme ça et tu sais cela bien mieux que moi.%%
Des jours où, alors que je pense à autre chose, il me vient une inspiration totalement subite et où, en l'espace de cinq minutes, j'invente quelque chose dont je ne me serais vraiment pas crue capable.

Voilà. En cinq minutes, tout s'est parfaitement agencé : les cartes de couleur achetées il y a longtemps, les photos et les manuscrits sauvés du trottoir un jour de pluie il y a plus d'un an et ces rouleaux de scotch colorés qu'il suffit de déchirer -et ça, c'est à ma portée !- afin que tout, ensemble et tout simplement, prenne sens.












