Nos Jeudis

Chère Ga,

Par gwen le vendredi 31 octobre 2008 dans Otsuka

ça pourrait être le début d'un conte : "il était une fois, trois soeurs sur le berceau desquelles les fées s'étaient penchées"...
On apprendrait, ainsi, que l'aînée, dès la naissance, avait été dotée de dispositions également dispersées dont elle fit bon usage, se défendant tout aussi bien en français, en maths, en anglais, en économie, en sport mais aussi en dessin.
Le seul défaut modérant ses talents n'était pas très grave : ne pas savoir inventer d'histoires ne l'empêchait en rien de savoir bien les illustrer. De même que, maintenant, ne pas avoir créé les images ne l'empêche pas de joliment les encadrer.
La cadette, elle, n'avait aucun goût pour les tableaux de conjugaison et les tables de multiplication mais s'emparait tout naturellement des pinceaux, crayons et pastels ainsi que de toute autre technique artistique afin de créer un univers coloré et fantasque, peuplé de personnages muets mais expressifs, prompts à déserter le papier pour évoluer sur le tissu des vêtements qu'elle cousait.
A la naissance de la benjamine, les fées devaient s'être lassées ("Quoi ? Encore une fille ? Et brune hirsute avec ça, même pas blonde et bouclée ???"). C'est pourquoi, elle hérita de davantage d'incapacités que de dons.
Très vite, elle se révéla paresseuse, inapte aux mathématiques et au cheval d'arçon, médiocre musicienne et, surtout, totalement incapable de faire quoi que ce soit de ses dix doigts. Il ne lui fut donné qu'une aptitude et un goût innés pour la langue française -sa grammaire, son orthographe mais aussi et surtout, sa littérature...

Chère Ga, tu m'as bien sûr reconnue : je suis cette petite dernière-là et, au cours de ma vie, j'ai vaguement, paresseusement et vainement tenté de me rebeller contre mon destin tracé par les fées : dix ans de course d'orientation, dix ans de violon, un échec à la tentative de passer en 1ère A1 (lettres/maths, en cette époque lointaine de la fin des années 80)... Mais aussi : quelques pulls faits main, quelques dizaines d'heures dans l'obscurité d'un labo photo...

Je ne sais pas pourquoi je m'obstine ! Je pourrais m'y résoudre et ne pas penser, en ramassant les papiers et les photos dans la rue que "je finirais bien par en faire quelque chose".
Je pourrais admettre que non, je n'ai rien à voir avec le verbe faire et que les appareils photos instantanés ont été inventés pour moi qui ne supporte pas l'idée de manquer quelques heures d'ensoleillement en plein air pour les passer dans une chambre noire... Et que, de cela, je peux me contenter.

Pourtant, il y a des jours comme ça et tu sais cela bien mieux que moi.%% Des jours où, alors que je pense à autre chose, il me vient une inspiration totalement subite et où, en l'espace de cinq minutes, j'invente quelque chose dont je ne me serais vraiment pas crue capable.

Voilà. En cinq minutes, tout s'est parfaitement agencé : les cartes de couleur achetées il y a longtemps, les photos et les manuscrits sauvés du trottoir un jour de pluie il y a plus d'un an et ces rouleaux de scotch colorés qu'il suffit de déchirer -et ça, c'est à ma portée !- afin que tout, ensemble et tout simplement, prenne sens.

pas encore de commentaires

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le vendredi 31 octobre 2008 dans Rue Meyrueis


je suis sortie pour marcher, et j'ai marché. J'ai marché les mains dans les poches, puis furieusement, de plus en plus vite. Il faisait froid et à vrai dire, si j'avais su qu'il faisait ce temps là je n'aurais certainement pas eu l'audace de rassembler mes derniers lambeaux de courage, d'enfiler un pull, de changer de chaussettes (pour des extra moelleuses spéciales converses - je suis frileuse des pieds), et de sortir ainsi, malgré cette affreuse migraine. J'ai marché en bougonnant, intérieurement. J'avais besoin de marcher et ce piquant de l'air est tombé à pic. J'ai marché en pensant, "j'adore ainsi marcher, de plus en plus vite, presque sans but, avant je détestais ça ". Et j'ai marché tout droit, suivi le cours, en sentant le sang battre mes cuisses à chaque pas qui s'applatit sur le bitume. Ca sent l'automne dehors, mais pourtant ça ressemble a l'hiver. Il y a des voitures partout, garées, en livraison, qui roulent ou font semblant dans le touche-touche des feux tricolores. Je croise la voisine, je manque ne pas la reconnaitre, nous nous croisons d'habitude avec le hall pour décor et elle n'y porte pas de blouson. Je croise des poussettes et des parents, des papys, pleins, dans le quartier arabe, devant chez Tati. Ils sont tous là dehors. Comme s'ils attendaient leurs belles venues faire des emplettes.
Et puis je suis revenue, j'ai marché encore plus vite, rassérénée, de plus en plus satisfaite de cette course, rapide, efficace, qui m'a vidée, remplie, et noué les idées. Pour un peu je ne voulais plus rentrer.

pas encore de commentaires

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 23 octobre 2008 dans Otsuka

les petits quittent souvent leur jardin d'enfants en rangs sages, la main dans la main. Et, parce qu'ils portent tous une casquette de couleur identique, leurs groupes me font penser à une cohorte de poussins caquetants.
Le couvre-chef de ceux-là est bleu et ils dévalent la pente douce ensoleillée en criant.
Et leurs cris sont aigus de bonheur.
Et même ceux qui trébuchent et tombent face contre terre se relèvent et poursuivent leur diagonale dans les rires.
Celui-là tombe aussi, le nez dans l'herbe, une jambe repliée en l'air et, comme il tarde à se remettre debout -comme si, en plus de toutes les autres sensations, il avait envie de profiter du parfum de la pelouse- il se retrouve le dernier de la file.
Je le vois faire.
Je le vois hésiter quelques secondes et regarder les autres qui, tous, se regroupent déjà sur les bords de la pièce d'eau.
Un autre coup d'oeil comme un bandit qui s'assure que personne ne le voit commettre son méfait.
Puis il se jette à terre et effectue, à trois reprises, quelques tonneaux au plus fort de la pente.
Il se relève ensuite et court rejoindre le groupe.
Non, personne ne l'a vu.
Moi seule sais qu'il a vécu plus intensément que les autres, grâce à ces quelques secondes illégitimes.

Et, plus tard, traversant le parc et voyant de nombreux hommes seuls, je me suis dit que, quand il serait grand, le poussin du matin pourrait être de ceux-là.
De ces hommes qui ont le talent de tout arrêter dans leur journée parce qu'il fait beau et qu'ils passent devant le jardin. Le talent de venir s'asseoir, poser leur sac sans l'ouvrir, délacer leurs chaussures, poser leurs mains à plat sur l'étendue verte. Et fermer les yeux.

pas encore de commentaires

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 23 octobre 2008 dans Rue Meyrueis


j'avais oublié la saveur de la patate douce quand j'ai retrouvé le sachet de poudre violette. Quand le verre a été prêt, le lait d'une couleur surréaliste, c'était déjà très satisfaisant. Mais quand je l'ai goûté, je n'ai pas pu le garder pour moi ; je me suis exclamée de surprise ravie, à la nappe, à la pendule, à l'étagère à thé et au basilic : "hannnnnn!" (en une profonde inspiration). J'avais oublié la veille qu'il restait du tofu, et du shoyu au yuzu, j'avais oublié les légumes sautés dedans, la bonite et les paillettes de wakamé. C'était divin - et proustien-, ces souvenirs restaurés.
Pour te raconter ma mauvaise et délicieuse mémoire, je me suis installée dans un café dont je ne connaissais que la terrasse. J'avais oublié que l'intérieur des cafés est bienvenu par certaines matinées d'octobre, même si les tables sont en plastique imitant le marbre moucheté, même si la radio FM est un peu forte, même si les néons publicitaires et l'éclairage hallogène rendent la lumière sourde et divise chaque ombre. Même si les chaises en bois qu'on tire sur le carrelage font ce bruit affreux qui écorche les tympans. Et si devant des caricatures de populeux d'un autre temps (Coluche, Fernand Raynaud, Jean Yann) encadrés dans des sous-verres aux pattes de métal, on ne sait que trop si il faut s'attendrir ou se moquer.
Certains parents bien avisés prêchent la méthode de substitution pour les chérubins afin qu'un habile subterfuge de remballage et de déballage régulier de leurs jouets leur en fasse redécouvrir encore et encore des facettes inexplorées.
C'est ainsi, revenant du marché avec le cabas d'où dépasse obligatoirement le vert des poireaux en un cliché agaçant, et en commandant à l'homme bedonnant derrière son bar, que j'ai saisi la raison d'être de mon fameux super pouvoir.

pas encore de commentaires

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 16 octobre 2008 dans Otsuka


après l'été où rien n'est possible mais que tu m'as aidée à passer grâce à cette cure de magnésium bienvenue et avant le froid piquant de l'hiver, je profite de l'automne, saison amie, bienveillante et vitaminée qui me donne envie de délier le corps auquel je suis, désormais, habituée.
N'ayant ni ton goût ni tes facultés pour la course, je me contente de marcher. Au saut du lit, j'enfile mes baskets oranges et je file dans les rues.
C'est une marche rapide que je pratique le temps d'une émission glissée dans mon iPod.
Ici, ce sont souvent les vieux qui marchent ainsi. Mais eux sont dotés d'un équipement auquel je ne me résous pas (encore !) : le jogging intégral, les petites haltères à bout de bras.
Moi, tu me connais, je suis une dilettante. Aussi, je n'ai pas d'autre règle que celle de profiter de la jeunesse du jour dans les rues. C'est pourquoi j'oublie une fois sur deux de contracter les fessiers, rentrer le ventre et que, au lieu de respirer correctement, il m'arrive de chanter.
Quand une voix, dans la radio, me file la chair de poule, je la repasse, parfois plusieurs fois, prolongeant d'autant le temps que je passe dehors.
J'éprouve un éternel sentiment de liberté et de joie à m'éveiller tôt et sans réveil et à pouvoir sortir vite pour profiter de la ville inépuisable qui m'offre, rien qu'en partant de chez moi, dix mille ruelles, dix mille possibilités pour dix mille matins de la vie -je pourrais dire cent mille aussi-

Je croise les habituels teckels, des ouvriers dont ce n'est pas la première canette de café décapsulée dans la rue, des hommes qui lisent le journal en marchant, un homme et sa fille au sourire identique, des corbeaux arrogants, des chats sans conversation.
Pendant que je marche, le ciel se lave des nuages de la veille et enfile son uniforme du jour dont la couleur est souvent bleue.
Je me souviens, en passant près de l'escalier, que ce café ouvre à 7 heures.
Une dame en chapeau est pourtant déjà installée en terrasse et fume des cigarettes entre deux bouchées du petit déjeuner qu'elle partage avec son chien.
Et parce que, à l'intérieur, je suis la première et que des crooners américains morts y chantent, je m'installe au comptoir. Le temps de mon thé, je t'écris car jamais je ne sors sans papier ni stylo.
J'aimerais que ce moment dure toute la journée, que la lumière reste tendre, que les autres soient encore en train de se raser, se maquiller ou d'écrire des poèmes en dormant pendant que je me sens si vivante, si éveillée.
Mais le café commence à se peupler. Dans mon dos, j'entends les pages d'un journal tourner et une conversation américaine. Lisa Ekdahl s'est emparée du micro pour susurrer : "tout doux, tout doux, tout doucement, comme ça, en flânant gentiment".
C'est, pour moi, le moment de repartir, de reprendre le cours de l'émission, le cours de ma vie et rentrer chez moi à l'heure des croissants. Enfin, tu me comprends !

PS : Le récit de ces moments de marche n'est qu'un écho aux tiens : les jeudis 7 et 21 février, tu me racontais déja tes itinéraires de jogging et de déambulation... A 10000 km.

pas encore de commentaires

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 16 octobre 2008 dans Rue Meyrueis


c'est paradoxal, mais nous commençons à planter nos pieds un peu plus profond dans le sol d'ici, tout en espérant déménager nos armoires dans un autre quartier - et en ayant temporairement abandonné les recherches pour cause d'indigestion de visites d'appartements dans les résidences sécurisées des quartiers résidentiels.
Nous devenons sociables, concernés, pire, associatifs. On ne parle pas "d'assos" tu t'en doutes, pour épargner la patience de monsieur, mais venons néanmoins d'adhérer au grupuscule du sud-ouest montpelliéren qui a fait sortir de terre, il y a 5 ans, l'actuel parc voisin en lieu et place d'un projet immobilier (des résidences sécurisées sans doute). On a fait des apéros, ramassé des prospectus et des questionnaires, on a papoté avec des gens, plein de gens, de la mairie, des clubs, des parents d'élèves, bien plus au courant que nous des différents projets, des rôles des différents élus de la ville. On connait maintenant un peu plus de petites mamies, qui ne nous remettent pas toujours, mais qui aiment bien arrêter leur caddie pour discuter et nous transmettre les dernières infos, de bons gros messieurs qu'on ne remet pas mais qui ont l'air d'occuper une place importante.
C'est nouveau, c'est intéressant, on a l'impression d'être dans les coulisses.
Dans un élan de bonne volonté et de positivisme un peu extrême, j'étais hier à deux doigts d'imprimer et de distribuer des tracts à la sortie de l'école pour mettre en place un pédibus. Puis d'un seul coup, j'ai réalisé que je m'exposais ainsi à prendre en charge l'acheminement à l'école de de la fille de la grosse dame qui habite à 50m de chez nous, et avoir du coup affaire à elle à un moment donné.
Un sursaut d'égoïsme salvateur m'en a dissuadée. A quoi ça tient, la bonne volonté...


(photo extraite de "1000 Families" d'Uwe Ommer)

pas encore de commentaires

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 9 octobre 2008 dans Otsuka

Parfois, j'essaie de m'imaginer autre. J'essaie de deviner ce que pourrait être ma vie si je n'étais pas fainéante, si j'étais carriériste, si j'avais plus de caractère ou de jolies jambes !
C'est vrai, après tout, crois-tu que nos vies seraient fondamentalement différentes ou seraient identiques si, toi et moi :

-nous avions des frères plutôt que des soeurs.
-nous avions continué à jouer du violon.
-nous habitions encore sur le lieu de notre naissance.
-nous n'avions jamais -ou si peu- fait couper nos cheveux.
-nous avions la télé.
-nous buvions du café.
-nous n'aimions pas lire.
-nous n'étions pas hétérosexuelles.
-nous ne croyions pas à la vertu de la parole.
-ni à celle du maquillage.
-nous vivions sur une péniche.
-nous passions toutes nos vacances en formule club.
-nous avions des tables de chevet dans notre chambre.
-nous n'étions pas amoureuses.
-nous avions l'esprit scientifique.
-nous habitions à 150 mètres de chez nos parents.
-ou toutes les deux dans la même ville.
-nous mangions davantage de viande hachée que de tofu.
-nous étions des sportives de haut niveau.
-nous n'étions pas copines avec Simone, Françoise et Marguerite.
-nous allions travailler en tailleur.
-et en voiture.
-nous étions au régime.

Chère Ga, je sais en tout cas que ma vie serait fondamentalement différente si je ne t'avais pas rencontrée.

pas encore de commentaires

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 9 octobre 2008 dans Rue Meyrueis

dans le café, nous prenons nos petites habitudes, elle et moi. Pendant que la grande petite fille fait du trapèze, la petite fille grande sirote sa grenadine. Je bois un thé, je sors un carnet.
La semaine dernière, nous étions en terrasse, face à la petite fontaine, sur des chaises en rotin marron, sur une table très basse et du coup très pratique. Aujourd'hui, nous sommes à l'intérieur, à l'épicentre de l'agitation. Le cafetier crie ses commande et discute entre deux plateaux avec des habitués, dont le plus vieux s'appelle "chef", avec l'accent de mise, les réparties de mise, les expressions de mise. Prend à témoin à propos d'une cliente qui vient lui voler des mètres de papier toilette, et même la brosse et la balayette.
Elle les regarde, les écoute. Ca n'est pas très poli, d'autant que nous sommes juste à la table d'à côté. Mais on ne va pas non plus se boucher les oreilles. Elle sourit aux anecdotes, je souris de la voir sourire. Et c'est vrai que Chef et ses compères sont drôles dans leur genre.

Nous n'avons rien dit aujourd'hui, trop occupées l'une et l'autre à jouer du stylo. Elle me dit que son carnet est fini, juste avant qu'il ne nous faille repartir. Je lui dit qu'il nous faudra lui en trouver un autre, elle répond que celui ci était bien pratique pourtant, et je m'enquiers de ses préférences. Elle dit "qui se retourne bien, tu vois?", je lui suggère en montrant le mien : "à spirales?", elle dit que oui, les spirales c'est super. Nous rempaquetons nos affaires, ses histoires, son stylo à plumes (imitation d'autruche, qui ne lui chatouille pourtant jamais le nez), et mes croquis de patrons de robe.
Il pleut encore dehors et nous sortons nos parapluies. Elle me dit qu'elle aurait bien voulu rester encore un peu, qu'elle aime bien être seule avec moi, qu'elle voudrait en profiter encore.
La semaine prochaine, on amènera des BD, pour les lire ensemble. Elle aime bien quand je fais les voix.

pas encore de commentaires

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 2 octobre 2008 dans Rue Meyrueis

marron
dans quelle mesure peut-on rattraper sa légèreté qui partirait d'un seul coup en sucette ? C'est la question que je me suis posée en me remémorant ma vantardise au sujet de ma bonne humeur incroyablement tenace, au moment où je cherchais ma veste.
10h14. Le planning voulait "10h15 on passe la porte" et point de veste. A 10h17, je vidais en ouragan les placards, il y en a trois, et le perroquet de l'entrée. J'ai hurlé à la disparition inacceptable de cette veste, à l'injustice d'un si petit grain de sable perturbateur. Les enfants se sont carapatés dans le coin du couloir, se sont resserrées l'une à l'autre.
L'organisation est à revoir, si elle est tellement dépendante d'une veste qu'elle nécessite la prévoyance d'un plan B en cas de fuite de vêtements (elle a fui, je ne vois pas d'autre explication).
Je suis sortie, Gwen, aux environs de 10h25, avec, faute de mieux, une veste en jean élimée. Une veste honorable, qui a eu de belles années, à l'époque de son denim brut ; belles années qui sont aujourd'hui dans son dos. Enfin sur le mien.
Au marché, la dame m'a donné une cagette, en disant "Si ça peut suffire à votre bonheur". Et c'est vrai que ça a suffi.
Alors ça, ou la vue de l'étal, le soleil soudain jailli des nuages, ou la terrasse avec une table pour moi, ou l'atelier baigné de lumière qui occupe les petites mains de mes filles, ou les marrons dans mes poches, je ne sais.
Mais je crois, oui, qu'une humeur qui se profile en boudin peut être récupérée, démêlée, et remise dans le droit chemin.

pas encore de commentaires

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 2 octobre 2008 dans Otsuka

que penses-tu de ces parents qui, tout en sachant qu'ils ne lui transmettent ni les genoux valgum qui lui procureront une démarche tellement glamour ni une chevelure qui supportera les décolorations et les mises en plis hebdomadaires... prénomment tout de même leur fille Marilyn ?
N'est-ce pas une façon, de la part de ces gens, de définitivement couper l'herbe sous le pied de leur enfant : "ma fille, tu t'appelles Marilyn, au moins, tu ne seras pas actrice, la place est déjà prise. Et puis, brune et boulotte comme tu l'es, pense à tes études plutôt qu'aux projecteurs... que dirais-tu d'une carrière de médecin ?"
Il y avait une Marilyn dans ma classe au lycée qui n'avait rien d'une star de ciné, qui n'était ni brune ni boulotte et qui n'est sans doute pas médecin à l'heure actuelle mais qui lisait ce genre d'ouvrages et aimait en faire état autour d'elle.
Déjà à cette époque, donc, j'en avais entendu parler, de ces situations apparemment récurrentes qui m'étaient pourtant étrangères.
Par la suite, c'est la lecture épisodique des magazines féminins qui m'en rappelèrent l'existence. Des dossiers entiers y étaient consacrés et je les survolais avec perplexité tellement ils ne me concernaient pas. ("Toutes vos dents tombent". "Vous êtes nue au milieu de la foule"... Mais de quoi parlent-ils ???)

Moi, mes parents m'ont donné le prénom de l'héroïne d'un film érotique qui, lors de ma naissance, était encore loin d'avoir été tourné.

J'ai toujours été fascinée par ces couples formés d'individus qui déclinent au féminin et au masculin le même prénom. Ma collègue d'Auchan, Patricia, était mariée (et l'est sans doute encore) à un Patrice (quelqu'un pourrait me dire pourquoi je me souviens encore de ça ???). Aurélien et Aurélie se sont rencontrés sur un coup du destin...
J'en ai connu d'autres.
Que dire de ceux qui portent exactement le même prénom unisexe ? Il doit bien y en avoir, des couples de Claude, Dominique... (as-tu l'âge, toi, de te souvenir de la voix radiophonique de Claude Dominique ??? ça aussi, ce doit être étrange de non seulement porter deux prénoms mais deux prénoms qui ne permettent pas de distinguer d'emblée ni le sexe ni le nom de famille de la personne concernée... D'ailleurs, la voix de Claude Dominique était aussi ambigüe que le nom qu'elle portait...)

Est-ce qu'on peut comparer avec mon histoire à moi qui m'a vue tomber amoureuse d'un garçon dont le prénom -dans sa version féminine- est, comme le mien, celui d'une héroïne d'un film érotique mis en musique par Pierre Bachelet ??? !!!

Encore plus tard et durant une année, j'ai porté un gilet sans manche dont la couleur verte s'accordait assez mal à mes tenues qui, pourtant, à cette époque, manquaient singulièrement de fantaisie.
On nous le répétait assez souvent, que nous n'étions pas payés à lire, pour que nous ne puissions l'ignorer.
Et, pourtant, les clients s'adressaient à nous comme si nous avions lu chacun des ouvrages dont ils nous demandaient l'emplacement ou les références.
Leurs "Vous l'avez lu ?" concernaient tout aussi bien le dernier Amélie Nothomb qu'un manuel pratique sur l'utilisation d'un logiciel de simulation de vol, de la biographie d'une star de la télévision dont je n'avais jamais entendu le nom... (et j'avais pris l'habitude de dire oui. Après tout, qu'est-ce que ça coûtait : depuis quand faut-il avoir lu un livre pour pouvoir en parler... Surtout ceux-là...)

Il y a dans les livres, comme dans les magazines, beaucoup de sujets traités qui ne concernent ma vie ni de près ni de loin. Et, donc, elles sont revenues, les fameuses histoires et leurs interprétations ("Vous dialoguez avec votre grand-mère morte". "Votre maison brûle." "On vous poursuit. Vous voulez vous enfuir mais vous ne parvenez pas à bouger.")
Pendant leur pause de midi, je les voyais les femmes -toujours des femmes- venir consulter ces ouvrages et je devinais quelle part leurs conclusions prendraient dans les conversations de l'après-midi.
Parfois, chargée du rangement du rayon, je les feuilletais mais rien ne changeait jamais : ces pages n'étaient décidément pas écrites pour moi.

Parce que moi, il ne m'est jamais arrivé de rêver des événements aussi incongrus que de perdre mes vêtements en pleine braderie de Lille, au milieu de la gare de Shinjuku ou dans n'importe quel autre endroit surpeuplé.

Non.

Moi, je me contente de rêver de ma réalité la plus ordinaire. Ainsi, mes nuits ressemblent aux plus ennuyeuses de mes journées. Elles n'y ajoutent aucune péripétie, n'y font revivre aucun mort, ne me font pas parler une langue étrangère.

Chère Ga, le croiras-tu ?
La semaine dernière, alors que j'étais dans le car de nuit qui m'emmenait à Kôbe, j'ai rêvé... que j'étais dans un car de nuit en route pour Kôbe !!!
Et dans mon rêve, ma voisine avait le même visage que la fille qui dormait au même moment à côté de moi. La seule différence c'est que, dans ce rêve, elle me parlait peu aimablement en japonais et je ne la comprenais pas.

Chère Ga, tu m'imagines m'allonger sur un divan pour raconter cela à un psy ??? J'aurais juste l'air ridicule !!!
En revanche, dans le rayon des association d'idées, j'ai de la matière !

pas encore de commentaires
eXTReMe Tracker