Nos Jeudis

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 28 août 2008 dans Otsuka


on ne dira jamais assez à quel point le Japon est un pays pratique et bien fait.
Je ne reviendrai pas sur l'intégrale du matériel de pique-nique qu'on peut acheter à toute heure du jour ou de la nuit dans n'importe quel combini et qui permet l'improvisation d'un festin sous un arbre, d'un goûter sur un banc, d'un apéro sur un bout de pelouse ou d'un petit dej' au bord des lotus.
Le Japon est tellement commode que, au jour le jour, on oublie de s'en étonner.
Lundi, pourtant, je n'ai pas manqué de m'extasier sur cette vie bien faite.
Lundi, en effet, j'ai découvert la variante inédite d'une boisson que, toutes les deux, nous aimons tant. Et j'ai regretté, encore plus que tous les autres jours, que tu ne sois pas là pour pouvoir la partager avec toi...
Heureusement, il y avait, quatre mètres plus loin, une boutique qui vendait une carte parfaitement adaptée à la situation et, juste en face, un banc où je me suis installée pour t'écrire sur le champ.
Découvrir que je n'avais plus de timbres ne m'a pas catastrophée même s'il était 19H.
Car la Poste était sur mon chemin. Et, même si elle est fermée à cette heure-là, il y a un guichet, ouvert 24H/24, tous les jours de l'année où l'on peut retirer ou expédier ses paquets et affranchir son courrier.
Ainsi, ma carte est partie vers chez toi ce lundi même.
Bon. Maintenant, si la vie est VRAIMENT bien faite, je devrais pouvoir réussir à t'envoyer un exemplaire de cette boisson extraordinaire !

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 28 août 2008 dans Rue Meyrueis


quand j'étais salariée d'une micro entreprise qu'on appelait alors start up, j'avais un boss qui ponctuait la journée et les saisons de petites maximes rigolotes dont la fameuse "et voili et voilou et wanadoo" (nous oeuvrions dans le web), et la célèbre "les affaires reprennent!" quand le téléphone sonnait après la pause café. Et bien si je n'ai jamais vraiment souri que par politesse, je me dois aujourd'hui de rendre hommage à ces ritournelles qui rythmaient nos journée d'alors, et convenir que oui, invariablement les évènements se suivent et se répètent, et que nous en reconnaissons les signes avec autant de satisfaction, de dégoût et d'étonnement .
Ainsi il y a toujours une vague molesse à la fin de l'été, un vague ennui qui me taraude et me fait lorgner mon agenda déserté par le mois d'août, une furieuse envie de ranger et d'organiser, une vague déconvenue de constater que non, nous ne pourrions vivre indéfiniment dans l'air chaud, l'improvisation et les espadrilles, la peau tannée, les bras à l'air, à ne boire que dans des verres longs des boissons parfumées et frappées. Septembre c'est demain et je suis déçue une fois encore de l'attendre presque de pied ferme. Presque car quelques menues cellules de mon être n'en ont pas tout à fait fini de la plage et de l'oisiveté, ou du moins ne veulent pas se l'avouer ; tandis que d'autres, mises en alerte par les affiches et les dépliants que l'on trouve dans la boîte aux lettres, se délectent de la promesse de nouveauté. Mais il n'y aura rien de nouveau !
Je ne serais pas différente dans une semaine, même si je mettais un pull à losanges, même si je garnissais le garde manger de créations confituresques abradacadabrantes ( je me suis encore fait avoir par les jolies photos de pots trônant dans le joyeux désordre d'une table maculée de fruits, de cuillères en bois chinées à Tataouine, de branches et de rafia d'une cuisine imaginaire baignée de lumière). Car les écailles me sont tombées des yeux : j'aurai chaud en pull, et les jours prochains ne seront rien d'autre que ce qu'ont été ceux d'avant, avec juste des événements nouveaux pour qu'on puisse s'en souvenir plus facilement, et je ne mange pas de confiture. Non, la seule nouveauté du moment est de savoir de source sûre (c'est scientifique, c'est officiel) que de boire 1,5 l d'eau par jour est parfaitement inutile, ni pour maigrir, ni pour être bien. Moi je n'ai jamais soif, et cette année, c'est décidé, j'arrête de fliquer ma consommation d'eau, ça me fera des vacances.
Je regarde les vitrines de machines à coudre, je pense tissus, je pense à Roselyne, je regarde les têtes voilées et je pense droits des femmes, je regarde les soutiens gorges dépasser des dos nus et je pense à la révolution que serait l'avènement du bon goût (ça je le pense aussi quand je vois les demi-tresses africaines tirées en raie qui fleurissent sur tous les cheveux ces temps-ci), je vois les jeunes filles se rassembler par paires et me souviens de l'avoir fait, je regarde les vieilles dames sourire au passage de mes filles et je sais que je le ferai quand j'aurai leur âge. Je pense à la Grande Ville, à ma saison préférée qui s'y amorce et je sens l'odeur du kabocha et de la patate douce, des feux de feuilles mortes.
Je passe devant chez Nicolas, et apercevant les caisses de bouteilles, je pense à toi.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 21 août 2008 dans Otsuka

il y a des journées comme ça, qui débutent en ayant l'air sûres d'elles.
Il y a, tout d'abord, du vent en même temps que du soleil et le balcon redevient le lieu idéal pour y boire la théière du réveil, y manger le rituel bol de tofu et y achever le livre commencé la veille.

Je lis beaucoup, en ce moment.
Parfois, alors que je marche dans la rue ou que je monte dans le train, il me revient une phrase, la posture d'un personnage ou une ambiance et je réfléchis un peu pour retrouver de quelles pages elles sont issues.

Ensuite, le vent se calme et il fait trop chaud pour continuer à boire du thé.
Alors, je vais faire quelques courses.
J'ai déjà les ingrédients de mon repas dans mon frigo mais cela me permet de manger du warabi en dessert.
J'aime quand il est sous forme de billes translucides qui paraissent aussi fraîches que des glaçons avant que je les roule dans la poudre de kinako.

Je lis beaucoup et les lieux se succèdent : la Suède, l'Allemagne, Venise, Brooklyn et le numéro 7 de la rue de Grenelle...
Autant d'endroits où je me sens à ma place.

Il arrive que, dans l'après-midi, la journée dérape. Ou, plutôt : qu'elle patine.
Parce que, tu comprends, je vis parfois sur le mode d'un immense Smoking/No smoking.
Le choix est tellement immense que, même à moi qui ne suis pas d'un naturel indécis, il faut un peu de temps pour décider de mon emploi du temps.
Et il m'arrive de prendre la Yamanote à rebours pour faire durer le temps du trajet et continuer à réfléchir un peu plus longtemps.
Ou en profiter pour lire. Dormir.

J'ai bien fait de choisir, finalement, ce café aux fauteuils confortables, à la musique de jazz toujours agréable, aux conversations feutrées qui m'enveloppent autant que les manches de la chemise rose que j'ai enfilée.
C'est un café tout à fait approprié pour m'installer tranquillement dans la lecture d'un nouveau roman et découvrir qu'il se passe, lui, dans des lieux qui me sont familiers : Shinjuku, Shibuya, Shimokitazawa...

Chère Ga, j'étais bien, à ce moment-là de l'après-midi. J'avais fini mon royal milk tea, j'étais entourée d'hommes aux chemises bien repassées ou aux tee-shirts imprimés et de femmes aux chaussures à talons et à brides.
Et puis, il m'est arrivé quelque chose de bizarre : au détour d'une page, j'ai quitté le café et je suis devenue un personnage du livre.

"Autrefois, les trains de la ligne Yamanote étaient verts", a dit Hanada avec un léger soupir.
La ligne Yamanote tourne sur elle-même, un tour complet. Enfin, c'est comme ça que les choses sont censées se passer, parce que moi, exactement de la même façon qu'on ne sent pas la gravitation de la Terre, je n'ai pas la moindre sensation qu'elle tourne.
"C'est bien pour ça que je m'étonne. Normal qu'on se retrouve brusquement à Shinjuku, hé oui !"
Moi, je parlais tout en écoutant la voix grave qui annonçait Prochain arrêt, Shinjuku, et Hanada, le front appuyé contre la vitre, a hoché la tête. Nous étions montés à Shinjuku et, incapables de décider où nous voulions descendre, nous avions finalement fait un tour complet.
"C'est la première fois que ça m'arrive", a dit Hanada, un peu bougon.
Au fait, combien de personnes au Japon ont fait un tour complet de la ligne Yamanote ? Ils ne sont peut-être pas aussi nombreux qu'on l'imagine.
"J'ai fait trois fois le tour, moi, un jour, ai-je dit tout bas.
-Trois fois ?" a répété Hanada, stupéfait." Hiromi Kawakami. Cette lumière qui vient de la mer.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 21 août 2008 dans Rue Meyrueis

il y a 15 ans, je suis tombée amoureuse d'un garçon. A l'époque d'une jeunesse friande d'aventures et de feu de bois sur la plage, je m'étais malencontreusement retrouvée à la merci d'une branche trop verte, d'où avait jailli une braise maligne à trajectoire folle, qui n'avait trouvé de meilleure idée pour finir sa courte vie que celle de venir s'échouer sur ma bouche, consumant au passage une bonne partie de ma lèvre inférieure. Situation très peu glamour s'il en est. J'avais par la suite évité de croiser le regard du garçon, convaincues, moi et ma cloque, que la parade amoureuse devait faire ici une trêve, en attendant d'évincer ce Quasimodo grotesque ainsi apparu, le désir honteusement cuit, et luisant de crème réparatrice.
C'est à cette mésaventure que je dois d'avoir toujours sur moi une de ces pochettes unidoses fort pratiques de la crème C., "désinfectante, apaisante, cicatrisante".
Car les années s'écoulent mais toujours ma propension à me prendre les pieds dans le tapis de la façon la plus incongrue réapparait, au détour de ballade à vélo (chute de la selle sur le cadre du vélo d'homme - points de sutures à l'entrejambe, merci), lors d'une baignade à priori banale (l'étrange piqûre au mamelon - une aprem à se masser le sein gauche sur ma rabane, merci), chez moi (l'idiot pendentif cage à oiseau accroché au lustre qui prend la tangente sur mon front - un secret hommage à E. sans doute, sauf que moi j'ai une frange, merci !).
15 ans après cet épique épisode, presque jour pour jour, la manivelle du volet roulant décide de se scinder en deux. Une partie reste dans ma main. Ma main ainsi armée vient alors frapper mon visage encore ensommeillé avec toute la force de cet élan caractéristique de celle qui est avide de voir le ciel bleu d'une matinée à priori charmante. Mes dents pourfendent ma bouche, le métal se projette sur mes lèvres : le sang déborde dedans, dehors. J'ai passé deux jours avec l'air amoindri d'une abrutie qui aurait avalé par mégarde le papier avec son sandwich, un bout de gaze graissé de crème C. sortant des commissures et s'effilochant à la moindre tentative d'en placer une, à manger par bouchées minuscules et laborieuses, à me tenir la bouche pour rigoler. A avoir un côté enflé, bleu-violacé et ne pouvoir le maquiller parce que ça faisait mal.
Vois-tu Gwen, j'ai eu de la chance. Pendant tout ce temps-là, le garçon n'est pas parti. Il est resté, à me regarder, et à sourire, comme si Quasimodo n'existait pas ; comme si nous étions dans un clocher entre deux colombes, sous un ciel clément ; qu'il venait de rencontrer Esmeralda, et que nous vivions dans un roman qui ne finit pas.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 14 août 2008 dans Otsuka


J'ai fait ce que j'ai pu :
-j'ai fait des études universitaires qui débutent en octobre.
-j'ai changé de métier.
-j'ai décidé de ne pas avoir d'enfant.
-j'ai migré dans un pays où tout ne s'arrête pas en août, où le premier semestre de l'année scolaire commence en avril et où les températures restent estivales jusqu'à la mi-octobre.

J'ai fait tout ce que j'ai pu mais, malgré tous mes efforts, septembre reste le mois de la rentrée.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le lundi 11 août 2008 dans dans la montagne espagnole

j'ai enlevé les bouées, le parasol et les jeux de sable, j'ai enfourné à leur place des duvets, des tapis de sol et une couverture polaire. Si mon imagination ne m'a pas encore emmenée trop loin sur les contrées de l'image d'Epinal, nous devrions en ce moment même être en train de contempler les etoiles, assis les uns sur les autres, devant un feux de camp - ou, je ne suis pas difficile, à la lueur d'une des lampes à piles portables. Nous avons dans les mains des tasses en fer blanc cabossées, autour de nous le grand rien, silence, herbe et cailloux, et on se fiche éperdument de l'heure qu'il peut être étant donné que c'est le mois d'août et que la vie est belle.
Nous petit déjeunerons demain matin dans un café de village, et baguenauderons dans des petites ruelles vieillottes, avant de craquer pour des achats stupides, peau de mouton, bâton de marcheur, saucisson de renard ; puis nous marcherons dans la montagnes entre les fleurs rares et siesterons au creux d'une prairie.

Il y a un rassemblement des membres de ma famille dans le couloir et il est vraiment temps d'y aller.
Evidemment, je te raconterai.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 7 août 2008 dans Otsuka

A la cafet de Ueno, nous nous sommes dit que nous en étions capables, de rester tout le jour face aux lotus tellement ces fleurs sont belles et émouvantes.
Depuis ton départ, les pétales se sont davantage ouverts, révélant le coeur des fleurs.

Je ne reste pas tout le jour à Ueno mais y petit déjeuner tous les matins est devenu le rituel de mes vacances.
Je cuisine un gâteau la veille, je glisse un lait de soja en plus d'un livre dans mon sac et, chaque jour, je tire le portrait des fleurs. Je ne m'en lasse pas.
Une dessinatrice est là, elle aussi, tous les matins. Elle conclut sa séance de travail par la dégustation de son bento. A neuf heures, elle n'est plus là.

Certains résidents du parc me saluent comme une ancienne connaissance, s'arrêtent deux minutes, me rappellent un ou deux éléments de ma biographie comme pour me prouver qu'ils ne m'ont pas oubliée.
Et j'ai souri, hier, en reconnaissant le prof d'anglais parlant à une étrangère à la gare de Ueno : la veille, c'est avec moi qu'il avait voulu discuter.
Le chat noir a, quant à lui, ses habitudes près du distributeur. C'est un fournisseur de câlins en libre service et j'en profite, parfois.
La séance de gym près du temple dure une quinzaine de minutes. Chaque participant en connaît parfaitement les mouvements et cela donne un bel ensemble.

Lundi, des ouvriers ont démonté les stands de nourriture aléatoire et décroché les lampions. J'admire toujours leur silhouette impeccable -pantalons larges, tabis aux pieds, tête ceinte de beaux imprimés- même si leur peau est usée, leur démarche fragilisée par l'âge ou la maigreur, leurs jours mis en danger par l'éternelle cigarette.
J'en ai déduit le début de la fin des fleurs et, en effet, la violence des orages répétitifs de mardi ont un peu terni la vivacité du rose des pétales.
Chaque matin, je me faufile dans le flot des chemises et des cravates qui se dirigent massivement vers leur bureau. En adoptant ce rythme, je fais de mes heures de lecture -et parfois de sommeil- une activité aussi importante que si elle était rémunérée.
Je lève parfois la tête en entendant les langues étrangères des touristes. Je les regarde passer et j'essaie d'imaginer la vie qu'ils retrouveront quand ils quitteront ce pays.

J'essaie d'imaginer la lumière, la musique, le décor qui les entoureront le jour où, sur l'écran de leur ordinateur, ils cliqueront sur la photo des lotus que je les ai vus prendre.
Je ne suis sûre de rien mais je crois savoir qu'ils ne le feront pas sans nostalgie... N'es-tu pas de cet avis ?

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 7 août 2008 dans Rue Meyrueis


aujourd'hui, j'ai lu "la gloire pour une femme est le deuil éclatant du bonheur" et ça m'a rendue perplexe. Faut il comprendre que les femmes n'ont qu'à admettre leur incapacité physiologique à atteindre le bonheur afin d'en tirer leur seule gloire, faut il penser que la gloire est accessible pour qui porte les chromosomes XX au prix de son bonheur? En quoi le deuil du bonheur peut il être éclatant? J'ai imaginé une femme mûre, regard fixe et sage, qui irradie de gloire, de fierté, de sagesse (encore que non, l'auteur a juste dit "gloire" et rien d'autre), qui irradie donc de sa seule gloire de se savoir malheureuse. Je portais à ce moment là mon regard sur l'horizon, au delà des vaguelettes méditerranéennes, et je me suis demandée, inquiète, si j'avais moi aussi, en pleine réflexion, cet éclat là. Mais je ne suis pas une femme mûre. Enfin ça dépend de quel point de vue on se place. Mes filles poussent des cris quand je montre sur mes doigts l'âge que j'ai. J'avais envie de dire à la cantonade, "non mais moi je n'irradie pas de malheur là, je réfléchis, je fronce mes sourcils mais je ré-flé-chis". Alors pour la peine, je me suis un peu redressée, je ne voulais pas avoir l'air d'une femme trop mûre. Quand on ne fait pas attention, on s'avachit vite, sous l'effet d'une mollesse (la mer) et d'une réflexion (on s'oublie si on pense trop fort, des fois même on grimace ; certains se curent le nez - pas moi). Donc je me suis mise à lire en tailleur, dos droit, environ 5mn, le temps de m'absorber un peu dans ma lecture, de m'oublier donc, moi la femme presque mûre qui serait bientôt définitivement malheureuse (mais en pleine gloire ), jusqu'au passage d'une description de photo où la fillette se tient droite. Je me suis redressée par mimétisme et pour montrer à la cantonade que je ne suis pas non plus bossue, ni mûre, juste moi aussi, à peine adolescente, et que je pouvais lire sur la plage, nonchalamment, avec un port de reine, un dos tiré au cordeau. La femme mûre de mon imagination a les cheveux tirés en arrière, porte une lourde large et longue jupe, avec un tablier par dessus, ce qui lui permet d'être en tailleur de façon majestueuse, sans que ses genoux dépassent et la fassent passer pour une fille de ferme. Tandis que moi j'étais en maillot bustier une pièce, sur mon paréo rose à fleurs. Je peux avoir des pattes d'oies si je réfléchis vraiment fort, mais en aucun cas je n'emporte de tablier sur la plage. La confusion ne semble donc pas permise.
Quoiqu'il en soit, je préfère mille fois mon autre citation sur ce chapitre : "Etre heureux, c'est avoir dépassé l'inquiétude du bonheur", laquelle m'apparait quand j'y pense, à moi qui suis tout juste mûre, orpheline de son auteur. Normal, dans la fleur de l'âge, les filles ne retiennent pas ce genre de choses.

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