Nos Jeudis

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 29 mai 2008 dans Otsuka

même si c'est fréquent de ma part, sache que, si tu m'entends user de l'expression "C'est le plus beau jour de ma vie !", il faudra me croire sincère.
Et, ce jour-là, ça a été le cas.
C'était un de ces jours miraculeux où le grand beau se conjugue avec le repos.
Pour assouvir mon appétit de chlorophylle, nous nous sommes donné rendez-vous au jardin à l'heure du pique-nique.
La ville se réduisait à une rumeur que je pouvais faire semblant de ne pas entendre et le soleil nous inondait de ses rayons.
Nous avons parlé de littérature, des livres que je lui rendais -l'un que, finalement, je n'étais pas décidée à finir, l'autre que j'étais tellement heureuse qu'il m'ait donné à lire-
Et puis, il m'a tendu un sac en papier. Et, dedans, il y avait mes livres, commandés il y a un moment et arrivés le matin dans sa boîte et il m'en a fait la surprise.

Chère Ga, tu connais, toi aussi, ce bonheur-là, tu sais exactement ce dont je parle.
Une pile de livres neufs posée dans l'herbe. Et, à venir, tant de temps dans le vert, dans le bleu. Tant de temps dans les pages.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 29 mai 2008 dans Rue Meyrueis

je me suis réveillée ce matin en sursaut d'un rêve où je poursuivais les filles, perdues dans les méandres d'une ville inconnue, après les avoir oubliées dans le tram. Garance ne m'entendait pas, elle courait en sanglotant après sa soeur que la foule avait avalée, et je n'arrivais pas à l'atteindre.
Dans la rue nous avons couru en allant aux cours du mercredi. Mais dans la vraie vie, nous courons devant le tram qui arrive dans notre dos, et notre course ressemble fort à la poursuite de Cary Grant par le fameux avion - heureusement que nous n'avons pas à nous étendre sur le sol, il y a trop de crottes de chien. Le tram tranquille comme un épicier de campagne en estafette fait tinter sa cloche, l'atmosphère y est moite ; il y a toujours des places, des collégiens, des mamies, des poussettes. Toujours nous nous asseyons à la même place. Toujours nous arrivons à l'heure exacte pour le cours qui systématiquement commence avec 5 minutes de retard.
Dans le tram du retour, à 12h40, il y a un silence hypoglycémique général, et de notre place habituelle, juste derrière la cabine du chauffeur, nous le voyons manoeuvrer. Au bout de trois arrêts, nous sommes dans notre quartier, à côté de la poste. Nous traversons quelques pâtés de maisons, plus personne ne parle, je me demande si il y aura du courrier. Nous entrons dans le hall et je sors mes clefs. Dans la boîte, il y a du courrier. Il y a un colis qui vient de loin. Sur l'étiquette que tu as remplie, je lis des mots magiques.
Merci, chère Gwen, d'avoir rempli le blanc qu'il y avait à cet endroit là du roman, de me pousser un peu plus au coeur des pages, de me permettre de continuer, quand que je ne lis pas, à m'imaginer en Tomoko qui écoute Mina.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 22 mai 2008 dans Otsuka

Peut-on classer les poissons dans la catégorie des animaux de compagnie ?
Ne croient-ils pas que ce sont les humains qui vivent dans un aquarium ?

Alors que le magasin a changé d'enseigne depuis longtemps, nous continuons à dire : "je vais chez Clause". Et, lors de mon dernier passage, j'y suis allée pour voir les poissons, comme je le fais à chaque fois.
Afin d'esquiver la carte de fidélité que me proposait la caissière, je lui ai dit que j'habitais un peu trop loin pour être fidèle.
(C'est un argument purement pratique pour se débarrasser promptement des gens, tu en conviendras. Car tu sais à quel point ces 10000 km ne me rendent pas infidèle...)
Et quand j'ai dit "Tokyo", son "Comme vous avez de la chance !" m'a semblé très sincère.
(Alors que si, à Tokyo, New-York, Barcelone ou n'importe dans le monde, je travaillais, comme elle, dans un endroit qui ressemble autant à un aquarium, aurais-je, pour autant, davantage de chance qu'elle ?)
Chez Clause comme ailleurs, j'évite de les regarder car j'ai toujours eu horreur de ces petits poissons dont le corps entièrement transparent donne à voir de manière indécente leurs arêtes.
Je n'aime pas tellement l'idée de voir au-dedans des gens. Ni même des poissons.

C'est pour cela que les entrelacs en relief et de plus en plus apparents que dessinent mes veines sous la peau de mes bras me donnent l'impression, dès que je mets un tee shirt, d'être bien plus impudique que si je portais un décolleté plongeant.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 22 mai 2008 dans Rue Meyrueis

l'euphorie est communicative, et la belle saison rend la maisonnée un peu hilare. De tout et rien, on grimace, ricane et s'esclaffe - les fous rires des fillottes sont un délice- en trottinant dans l'appart aux fenêtres ouvertes ; le marbre froid sous les pieds délasse, le "thé des enfants" a un bon goût de rouge à lèvres, la chanson de Peau d'Ane de bon matin est reprise à trois voix, et on sort guillerettes sans la moindre petite laine.
Alors je me sens un peu légère ces temps-ci, ce qui était pesant me semble faribole, le compliqué se dénoue, le chemin m'apparait moins tortueux.
Bien sûr, il y a eu du bourrage de papier dans l'imprimante, des dessins en boule dans la corbeille, des lamentations (et de l'auto flagellation - pourquoi s'en priver, je sais tellement bien le faire?); aussi de l'angoisse avec la cachette mystère de la bague de ma vie, portée disparue pendant 72 heures, qui a occasionné le plus grand nettoyage de printemps du monde, des tentations de céder à l'hypnose, au pendule, au dégivrage du congélateur (on ne sait jamais) ; et qui a refait surface dans le dernier endroit où je l'aurais cherchée - et qui par définition, était le dernier endroit où je l'ai effectivement cherchée : la dernière poche de la dernière veste. Egalement des emplois du temps farceurs, loup y es-tu? Bah non, je suis en grève. Que fais-tu? Bé là, je fais le pont. M'entends-tu ? Nan, je fais du boudin.
Le printemps est là, l'été approche à grands pas. Retrouvons nos petits bonheurs. Oublions nos grands malheurs, puisqu'ils ne nous oublient pas.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 15 mai 2008 dans Otsuka

mais quelle est cette manie de changer la molette de position après avoir appuyé sur le déclencheur afin de regarder sans différer le résultat du geste que je viens d'accomplir ?
N'aurais-je plus confiance en mon oeil ?
Qu'est-ce qui rendrait nécessaire de recommencer mes photos ?

Sur mon agenda, je colle un autocollant les jours de chance : les jours où, une semaine après avoir déposé mes pellicules, je vais chercher les tirages.
Je redécouvre le poids de mon Leica pendu à mon épaule mais aussi le plaisir de l'attente et celui de la découverte.
Car ouvrir ces pochettes de photos, c'est un peu comme décacheter une lettre : ce n'est pas anodin.
Avoir ces clichés en main, c'est respirer un concentré de passé, revivre l'instant immortalisé par l'obturateur bruyant, réinventer la mobilité des visages figés en noir et blanc sur le papier.
Avoir ces clichés en main, c'est recevoir de l'émotion.

Chère Ga, cette redécouverte de l'argentique me rend heureuse.
Ce qui me manque, à présent, ce qui me manque vraiment, c'est de pouvoir te photographier.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 15 mai 2008 dans Rue Meyrueis


j'adore cette formule de conte de fées, cette formule définitive de la femme à son mari : "Si je ne peux manger une feuille de cette salade, j'en mourrai!". Y-a-t-il injonction plus claire, plus romantique, plus princière? Et pourtant cette jeune femme n'en était pas une, de princesse, si l'on en croit toutes les illustrations jamais vues de cette histoire : elle est en robe maronnasse ; et son mari, l'infortuné pris la main dans le sac par la méchante sorcière, celui qui porte une capuche en créneaux de château, est sans aucun doute ce qu'on appelait un vilain.
Mais quand bien même ne suis-je pas une vilaine moi même, me risquer à prononcer ce type de propos me fait invariablement passer pour une capricieuse au petit pois. Et pourtant, mes papilles sont malades, Gwen, et pour les soigner titi-panpan, faut d'la salade. De la salade titi-panpan, trois fois par jour. C'est époustouflant comme j'en ai besoin, comme ma seule préoccupation en ouvrant un oeil, est d'aller justement ouvrir le frigo, et d'en vérifier le contenu, au niveau du bac à légumes. Au petit déjeuner, non, évidemment, mais en prévision d'un rachat éventuel à inscrire à mon planning en vue d'un repas satisfaisant : aujourd'hui, passer des coups de fil rébarbatifs (les habituelles administrations récalcitrantes, les petites annonces immobilières, la cantine à payer en CB), poster mes lettres, terminer les dessins en cours, emmener les blondinettes chez l'orthophoniste, et acheter de la salade.
C'est peut-être une maladie, qui m'empêche d'envisager un repas sans vert tendre, et me fait passer pour une psycho-rigide de la fourchette, une obsédée des calories, une acharnée de la vie saine. Peut être qu'il y a une substance addictive dans les nervures des feuilles. On a tous nos petites manies.
Une de ces prochaines fois je te parlerai de mon amour de la soupe. Et du jour où j'ai fait de la soupe à la salade.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 8 mai 2008 dans Otsuka


Que deviennent les gens qui, par hasard, laissent une trace d'eux sur nos pellicules photo ?
Cet instant qui les immobilise, qui les capture pour un temps plus long que celui de leur vie ou de la mienne...
Cet instant était-il, pour eux, heureux, malheureux ou insignifiant ?

C'était Paris, c'était l'hiver. Et lui seul comptait et je ne voyais personne d'autre que lui.
Il m'a dit qu'on nous avait pris en photo.
Sa bière, mon thé sur la table. Nous, vivant ce précieux temps alloué...
Qu'a dit la photo du bonheur de cette minute-là ?

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 8 mai 2008 dans Rue Meyrueis


il apparaitraît que le train soit bien moins cher que l'avion qui, compte tenu du contexte éco-barilo-flambesque, voit ses prix grimper de telle sorte qu'il devienne impossible aux compagnies aériennes d'honorer leurs promotions et autres miles laborieusement accumulés. Doit-on penser qu'être surclassé est une expression qui n'existe déjà plus? Peut-on croire à la fin de la lutte des classes, si désormais s'amenuisait l'écart des prix entre ceux qui dorment comme des bébés et ceux qui luttent pour somnoler en paix sans que leur tête ne vacille d'un degré sur l'épaule de leur voisin?
Voici venu le temps des voeux. Rêver, entre un jeudi et un vendredi, -ce soir, peut être-, de parcourir les steppes mongoles sur le galop d'un cheval, et n'en surtout rien raconter au réveil. Eternuer trois fois de suite et retourner le bon vent des souhaits formulés à notre encontre par une personne bienveillante. Faire grimper une coccinelle au bout de son index et la prier gentiment d'en déguerpir, faisant fi de cette fraîche amitié naissante. Guetter une étoile filante improbable en ces nuits printanières, nez au vent, cou torturé, jeter à la suite de sa trainée scintillante nos plus belles volontés. Frotter régulièrement et intempestivement et rageusement ses yeux (ce serait un jour sans khôl), en recueillir un cil égaré, se pavaner de-ci, de-là, jusqu'à ce qu'une bonne âme (sûrement la même qui réagit aux éternuements) vous prie de le balayer d'une claque magique.
Sérieusement, Gwen, combien de temps penses-tu qu'il me faille pour arriver dans ta rue, en partant de la mienne, à pied ?

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 1 mai 2008 dans Otsuka

as-tu déjà entendu cette phrase à propos de toi : "Je ne vous imaginais pas comme ça !" ?
Moi oui. Elle m'a dit : "plus âgée, plus classique, les cheveux plus longs, moins dynamique". Et, en creux de la description de sa surprise, j'ai vu se dessiner la première impression qu'on peut avoir de moi.
Moi aussi, il m'est déjà arrivé de le dire : "Je ne vous imaginais pas comme ça !", étant bien incapable, en revanche, de fournir un portrait de substitution.
Car, il faut bien l'admettre : je n'imagine jamais personne.
As-tu déjà remarqué combien les idées reçues sont souvent fausses ? Combien de fois ai-je entendu que la lecture favorisait l'imagination ?
Il faut croire que je ne lis pas assez.
Car les auteurs qui parviennent -et que j'admire souvent pour cette raison- à reconstituer la moindre nuance de la carnation de la peau de la pommette de leur héroïne se fatiguent pour rien avec moi. Après la lecture de cette description, je n'ai, généralement, pas davantage de représentation de leurs personnages.
Qu'en est-il de toi, Ga ? Toi qui inventes avec tant de talent autant de gens aux yeux de toutes les couleurs, que penses-tu de ceux-là ???
"Arnold Milgrim arriva à vingt heures. Guido lui trouva la taille d'un doryphore, vêtu d'un costume si petit que c'en était touchant. On aurait cru que la veste et le pantalon avaient été retaillés pour convenir à une tortue naine. Il portait des chaussettes dont le rouge évoquait le sang artériel et, enroulée autour de son cou, une écharpe assez longue pour entourer le ventre d'un éléphant. A son bras était suspendue une fille dont les cheveux couleur pain grillé formaient un chignon si précaire que Guido osa à peine lui serrer la main. Elle s'appelait Doria Mathers et semblait endormie." Laurie Colwin. Rien que du bonheur.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 1 mai 2008 dans Rue Meyrueis


je ne porte pas de motifs camouflages, de pantalon baggy, de poches sur les côtés, de jupe à soufflets, assymétrique, à volants, de pantacourt, de sarouel, de t-shirts à une bretelle, ceux girlie à paillettes, ceux à message, de marque ou sigle apparent, de robe en laine, de capuche, de salopette, de chemisier à gros noeud, de pull chauve souris, de noir, de marron, de rouge, de robe synthétique, de pantalon taille haute, extra large, de pantalon à pont, de mini jupe, de robe chemisier, de manches américaines, de sous pulls et autres cols roulés, de maillot deux pièces, de bonnet à pompon, de robe longue et fluide, de combi-short, de slim, de pantalon en lin, de marcel, de trench .
Ca tombe plutôt bien, du coup, cette machine à coudre en promo.

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