dans les romans de Mikaël Connelly, il y a toujours des boîtes de doughnuts posées sur un bureau du commissariat et les hommes en uniforme y plongent la main au passage, entre deux gorgées de café, au fur et à mesure de la journée. Le soir, il reste des miettes collantes et du sucre glace et quelques gâteaux qui n'ont tenté personne et que la femme de ménage jette.
A Shinjuku, il y a en permanence 500 mètres de file avant d'entrer dans ce café de doughnuts. Pendant que les gens attendent, on leur offre un gâteau et ils ressortent tous avec d'immenses boîtes.
Chère Ga, j'ai l'impression, lors de ces voyages dans l'Odakyu bondée, de me changer en banlieusarde et je sais que je n'aimerais pas l'être.
Comprimés les uns contre les autres, serrés ainsi, nous ressemblons un peu à des doughnuts abandonnés sur le bureau d'un commissariat.
Il ne reste plus rien du maquillage et du parfum du matin. Nos apparences ne sont pas flatteuses, la lumière du train ne nous embellit pas.
Je l'ai trouvée bien courageuse, elle qui, au bout d'une journée de travail, était allée attendre avec les autres pour acheter cette boîte qu'elle maintenait à la hauteur de sa poitrine dans la foule du train.
Je l'ai imaginée, quelques heures plus tard, refusant de repenser à sa journée avant d'aller se coucher, rassemblant d'une main distraite et fatiguée les miettes de doughnuts et décidant que, quitte à se lever avant tout le monde, elle débarrasserait demain.
J'étais contre elle dans le train et, comme les autres qui nous entouraient, j'avais un livre à la main.
"Christine regarda les gens qui parlaient et mangeaient. N'était-ce pas bizarre, d'inviter tous ces gens chez vous pour ensuite les servir comme s'ils étaient dans un restaurant ? Pourquoi devaient-ils tous faire ça ? Quel sens cela avait-il ? Elle ne voulait pas se taper des dîners pour huit et les servir ensuite. Elle ne voulait pas passer le beurre, ni débarrasser les amuse-gueules. Elle voulait vivre - vivre !"
Arlington Park. Rachel Cusk


les fautes d'orthographe, c'est la misère - autant te dire à quel point ces mots sont passés au peigne fin...



