Nos Jeudis

Chère Ga

Par gwen le jeudi 31 janvier 2008 dans Rue Meyrueis

De nos jeudis soirs, je repartais dans le noir, dans le froid ou le chant des cigales.
Vers la Yamanote à pied ou vers Yoyogi à vélo, je connaissais la route par coeur.
Vous sortiez fumer la dernière cigarette de la soirée et vous me regardiez m'éloigner dans la rue après avoir dit "à la semaine prochaine", "à bientôt", parfois même "à demain".

Nous avons marché dans les rues. Nous avons partagé des théières. Nous avons échangé quelques secrets de beauté. Nous avons commenté nos horoscopes de l'année. Nous nous sommes assises au soleil sur les marches. Et devant les vagues. Nous avons pris le petit déjeuner sur des chaises d'enfants. Nous avons mangé des tartines et encore bu du thé. Et nous en avons acheté. Nous sommes passées six fois dans les mêmes rues. Nous avons pris la voiture pour aller à la plage. Nous avons ri des cheveux des dames mais apprécié leurs efforts vestimentaires. Nous avons regardé les vêtements noirs ou mal taillés et constaté qu'il n'y avait rien pour nous. Nous avons parlé des mois qui nous ont séparées et des grands projets dont la teneur nous échappe encore un peu. Nous avons fait la queue à la caisse pour que je paye mon nouveau manteau. Nous avons mangé des crevettes. Nous avons fouillé dans les rayons de Gibert. Nous avons bu de la soupe tous les jours.

J'ai dormi sur ton canapé et écrit ce jeudi assise à ton bureau, face au toit de tuiles.

Tout à l'heure, tu vas m'accompagner à la gare. Le train traversera un paysage que je ne connais pas.
Mon voyage continue sans toi.
Bientôt, je rentrerai à Tokyo et tu n'y seras toujours pas.
Je vais devoir m'habituer à nouveau à ton absence.
Je n'ai pas envie de ça.

pas encore de commentaires

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 31 janvier 2008 dans Rue Meyrueis


L'hibernation a pris son rythme de croisière. Celui du confort et de la confiance en ce qui en découlera comme en ce qui s'y passe. Les gestes quelque peu ralentis.
Nos tasses, bols et mugs parfumés y ont ajouté des parcours inédits, des itinéraires que je ne sais pas prendre seule.
Quelques jours auparavant, j'avais rêvé de nos déambulations. Nous étions en taxi et tu avais posé sur tes genoux un sac à main rouge vif (mon obsession pour les films hollywoodiens de l'âge d'or m'aura soufflé cette vue et ce contre-jour causé par la lunette arrière où défilent des vues urbaines exagérément bondissantes).
Une couette sortie de l'étage du haut, un couvert en plus, des paroles dont on a rompu les bâtons, le temps distendu autant que la distance anéantie.
Les vagues, les flâneries, le shopping et les sitting seront-ils égaux à la somme des jeudis soirs et des lundis matins d'avant?
Et tu repartiras dans ton taxi à porte coulissante long de dix voitures. Je serai dans cette veille hivernale comme dans l'express où je chantonnais pour glisser hors de la grande ville. Riche de cette veille là, dont l'acuité accrue enrichit les réveils, je continuerai ma route.
Une tasse en plus.

pas encore de commentaires

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le vendredi 25 janvier 2008 dans Rue Meyrueis

la journée s'achève. Dominique A et Philippe Katerine jouent la mélancolie.
Les filles jouent de la peinture, je joue du clavier. Epars, des carnets à elles, à moi, des coussins, des ours et des théières. Une tranquilité de fin de mercredi.
Au loin, le ciel jaunit et le soleil est parti derrière les hideux immeubles. La mer est en travaux, nous n'irons pas la voir demain, même si il y a grève à l'école. Les boulevards bourdonnent de voitures qui se dépêchent. Un peu plus loin encore, les zones industrielles et commerciales chassent les gens vers leur maison saumon à colonnades, nichée entre d'autres maisons saumon, ou mimosa, à colonnades. Beaucoup plus loin, il y a de la campagne, sèche et rocailleuse, et puis plus loin encore, une autoroute, du désert, des moutons.
Et plus loin, beaucoup, beaucoup, beaucoup plus loin, il y a la grande grande ville, si calme, si jolie, si vivante. Des lumières, des vélos, des amis, de la neige.
Et au dessus d'elle, en ce moment même, un appareil qui prend la tangente.

95 commentaires

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 24 janvier 2008 dans Quelque part dans le ciel

quand tu liras ce courrier, je serai dans l'avion.

Tu sais, ces histoires de changements d'heure, deux fois par an, en hiver, en été... Je n'ai jamais rien compris : que deviennent ces heures qu'on perd ? D'où sortent ces heures qu'on gagne ?
Alors, tu peux imaginer à quel point les décalages horaires me laissent perplexe !
A quel moment du voyage vais-je abandonner mon heure pour adopter la tienne ?
Après m'être plainte que mes journées sont un peu courtes, est-ce que ça ne va pas être un peu long, ces douze heures sup' ?!
J'ai glissé dans mon sac le livre que tu m'as offert et son beau marque-page. J'ai pris également un baton de rouge à lèvres ainsi qu'un mascara. A l'arrivée, je tâcherai de faire comme si de rien n'était, comme si cette traversée des mers n'avait été qu'un voyage en Yamanote, comme si j'étais aussi légère qu'une lady.

98 commentaires

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 17 janvier 2008 dans Otsuka

quelqu'un a réglé ma nouvelle montre avec trois minutes d'avance.

Chaque rendez-vous noté sur mon agenda me propulse vers un temps qui n'est pas maintenant. J'aimerais pourtant m'inspirer de la trotteuse de cette montre et, comme elle, vivre chaque instant avec la même inexorable régularité.
Pourquoi faut-il que ce soit toujours en courant que j'aille attraper la Yamanote, l'esprit déjà empli du lendemain où il en sera de même ?
Sans avoir encore rêvé que je serai en retard, je me réveille déjà bien avant l'heure et je ne parviens plus à fixer mes pensées sur le présent.
Et puis, soudain, dans ce salon de thé où je l'ai retrouvée, je me suis arrêtée.
Et, pendant deux heures et demi, le temps aussi. Une parenthèse enchantée où j'ai eu l'impression de respirer à nouveau.
Le goût de l'instant est celui du sencha.
Je vais tâcher de ne pas l'oublier tout de suite.

108 commentaires

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le lundi 14 janvier 2008 dans Rue Meyrueis


j'ai essayé, vraiment. Je m'étais levée à l'heure, avais eu le temps de me réveiller longuement en position statue de sel face à la fenêtre - mais il va se lever le jour, bon sang?
Mon fond était sec, la palette était indemne. J'ai lancé un podcast -mon préféré parce qu'on m'y lit des livres, je voudrais que ça dure la journée-, allumé la lampe pour casser les reflets du ciel blanc sur le glacis, mis mes lunettes.
Mais je me suis débattue toute la matinée. Impossible de faire quelque chose de bien. Je me suis agacée des taches de primaire criard, qui apparaissaient sans crier gare un peu partout, avant d'apercevoir ma manche trempée dans la coupelle de bleu. Une couche, une autre, encore une. Un désastre, sur un début qui hier pourtant était encore si prometteur.
C'est pas très grave, juste un peu.
Ou alors c'est très grave, mais pas tant que ça. Au choix.

pas encore de commentaires

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 10 janvier 2008 dans Otsuka


à 8h, je suis au café. La deuxième place en partant de la gauche est ma préférée.
Là, tournant le dos au reste de la salle, j'installe mon univers -cahiers, stylos, livre, iPod...- sur le comptoir face à la grande baie vitrée.
J'émiette un scone au kabocha, je retire le sachet de thé de ma tasse.
A 8h22, le soleil -caché jusque là par l'immeuble en face- apparaît.
Je le laisse m'éblouir, rosir mes joues de sa chaleur douce. Je retire mon écharpe, je déboutonne mon gilet.
A 9h30, il est à nouveau caché par l'immeuble suivant.
Cela me laisse un peu de temps pour rejoindre mon balcon que les premiers rayons atteignent à 11h20.
Je retrousse mes manches. Je finis par enlever mon pull.
Se succèdent sur le plateau au motif vichy : le dernier thé de la matinée, le bol de riz au natto du déjeuner, la pomme du dessert, le livre en cours, le premier thé de l'après-midi.
A 14h, l'ombre prend le dessus.
Je peux toujours aller m'asseoir sur les marches du temple où il fait bon jusqu'à 15h30. Après, il fait trop frais, il est temps de rentrer. D'ailleurs, c'est l'heure du thé.
Et dire qu'un jour j'ai pu croire que je serais capable de vivre en Suède !

un seul commentaire

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 10 janvier 2008 dans Rue Meyrueis

grow
nous n'avons pas roulé trop longtemps cette fois-ci ; nous ne nous sommes pas égarés dans une mauvaise sortie d'autoute, et n'avons pas eu de bouchons. Le coffre, plein à craquer, ne s'est vidé qu'en plusieurs jours. J'y ai retrouvé mon bonnet que je cherchais alors comme une folle dans les plus improbables endroits de l'appart (le frigo? la baignoire? sous le matelas?), parce que je sais très bien me jouer des tours pendables en posant sans y prendre garde n'importe quoi absolument n'importe où. Et parce que sans mon bonnet, je suis malade (et mal coiffée).
Nous avons installé le nouvel ordi, branché la nouvelle lampe. Ouvert la boîte de chocolats belges. J'ai aidé les fillottes à installer leurs nouveaux jouets dans leur chambre - elles en les déballant, moi en poussant méthodiquement les anciens, enfournant discrètement dans ma poche un indésirable, cassé, incomplet, inutilisé, pour un verdict ultérieur.
Je me suis installée sur le canapé, une tasse du nouveau thé à la main (à force d'hésiter "fumé? earl grey?", j'ai tranché : smokey earl grey). J'ai dévoré les nouveaux livres, cadeaux et achats de ces derniers jours.
Il reste bien quelques irréductibles cartons et autres tas (mal) cachés derrière les portes.
Mais c'est bon d'être chez soi.

2 commentaires

"Très cher Guillaume,

Par gwen le jeudi 3 janvier 2008 dans Otsuka

Merci pour ta lettre, c'est merveilleux d'avoir de tes nouvelles, surtout pour m'annoncer que nous allons nous revoir bientôt. Toi aussi, tu m'attends. J'en suis très heureuse. Je t'aime. Maintenant je peux dire "je t'aime" sans devenir folle, car je vais te revoir. Diminuer la distance, jusqu'à l'étouffement. Ne plus pouvoir bouger. Te serrer si fort dans mes bras. Toi. Te serrer si fort. Toi et l'immensité. Je t'embrasse.

Le dessin de ma cuisine a donc été publié dans le journal Libération. C'est une nouvelle intéressante. Elle n'est pourtant pas très jolie, ma cuisine. Je n'aurais jamais imaginé qu'elle soit connue un jour en France."

Chère Ga, il y avait, accrochés sur nos murs Lillois, toute une série des livres de cette collection de cuisine. Ca faisait de jolies taches de couleur et certains étaient aussi des cadeaux.

C'était dimanche, j'avais marché pendant longtemps en passant par Komagome et son cimetière. Aussi, j'étais contente d'entrer dans ce petit café. Les murs ont la couleur de la tourbe mélangée au tabac. La lumière est intime. Il y a un piano mais aussi un vélo. De la musique qui donne envie de rester longtemps. Ca sent bon le fromage fondu quand un client commande un toast. Et la serveuse m'a complimentée sur ma coiffure.
C'était dimanche et la fin de l'année et je ne savais pas quoi garder du mélange de nostalgie et d'euphorie qui envahissait les rues que j'avais traversées.
J'ai réchauffé mes doigts gourds contre ma tasse de royal milk tea et j'ai ouvert ton paquet.
C'est drôle : les Lettres Kazakhes sont écrites depuis Karaganda et c'est un nom qui pourrait également nommer un quartier de Tokyo, tu ne trouves pas ?!

Chère Ga, c'est mardi que j'ai achevé la lecture de ce livre que tu m'as offert et j'ai aimé apprendre qu'Olga allait revoir Guillaume, à Paris, après lui avoir tant écrit.
En refermant le livre, j'ai su. J'ai su quoi garder de ce dimanche de l'année dernière.
Je laisse la nostalgie dans la cuisine de Lille.
Accrocher ce livre au yuzu sur mon mur, ça a été comme y punaiser un calendrier : un moment plein d'avenir.

Je te souhaite une belle année, aussi prometteuse qu'un nouveau livre de recettes et aussi excitante qu'une lettre qu'on déchachette.
Je t'embrasse.
Gwen.
(PS : il n'y pas que mon pull : le thé à la ROSE aussi me fait un joli teint !!!!)

pas encore de commentaires

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 3 janvier 2008 dans Les Vialattes

il paraitrait que c'est un bon chiffre, il paraitrait que les astres sont aussi de bonne humeur.
Peut-on se fier à son instinct, aux réminiscences des réveillons passés, présents, aux signaux de ceux à venir, à la loi des séries?
et est-ce si important de savoir? et important de réussir?
J'ai saisi ces derniers jours tant de pépites au vol que je ne voudrais pour rien au monde les échanger contre les plus merveilleux moments accomplis. Je vieillis, Gwen, je vieillis, de minute en minute, et je me rends bien compte que maintenant est mieux qu'avant...
Ce qui de la part de la championne du monde de la perte de mémoire chronique, est d'une mauvaise foi révoltante.

pas encore de commentaires
eXTReMe Tracker