De nos jeudis soirs, je repartais dans le noir, dans le froid ou le chant des cigales.
Vers la Yamanote à pied ou vers Yoyogi à vélo, je connaissais la route par coeur.
Vous sortiez fumer la dernière cigarette de la soirée et vous me regardiez m'éloigner dans la rue après avoir dit "à la semaine prochaine", "à bientôt", parfois même "à demain".
Nous avons marché dans les rues. Nous avons partagé des théières. Nous avons échangé quelques secrets de beauté. Nous avons commenté nos horoscopes de l'année. Nous nous sommes assises au soleil sur les marches. Et devant les vagues. Nous avons pris le petit déjeuner sur des chaises d'enfants. Nous avons mangé des tartines et encore bu du thé. Et nous en avons acheté. Nous sommes passées six fois dans les mêmes rues. Nous avons pris la voiture pour aller à la plage. Nous avons ri des cheveux des dames mais apprécié leurs efforts vestimentaires. Nous avons regardé les vêtements noirs ou mal taillés et constaté qu'il n'y avait rien pour nous. Nous avons parlé des mois qui nous ont séparées et des grands projets dont la teneur nous échappe encore un peu. Nous avons fait la queue à la caisse pour que je paye mon nouveau manteau. Nous avons mangé des crevettes. Nous avons fouillé dans les rayons de Gibert. Nous avons bu de la soupe tous les jours.
J'ai dormi sur ton canapé et écrit ce jeudi assise à ton bureau, face au toit de tuiles.
Tout à l'heure, tu vas m'accompagner à la gare. Le train traversera un paysage que je ne connais pas.
Mon voyage continue sans toi.
Bientôt, je rentrerai à Tokyo et tu n'y seras toujours pas.
Je vais devoir m'habituer à nouveau à ton absence.
Je n'ai pas envie de ça.







