
Chère Ga,
Par gwen le jeudi 27 décembre 2007 dans Otsuka

Je n'ai pas ton habitude des voyages ni ton sens de l'organisation des bagages.
Heureusement, pour toutes les listes que je n'ai pas fini d'écrire, pour toutes les choses auxquelles je dois encore penser, au moins, tu vois, j'ai le carnet qu'il faut.
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Chère Ga,
Par gwen le jeudi 20 décembre 2007 dans Otsuka

C'est souvent que Lydie était contente d'elle-même. Mais elle l'avait été, plus encore, ce jour précédant de peu celui de mon mariage, quand elle m'avait offert le seul Harlequin que j'ai lu de ma vie : Les noces de Gwendoline.
Il contenait une précieuse leçon que, sûrement, tu n'as pas oubliée après que je te l'ai révélée.
La seule scène dont je me souviens est celle que je t'ai racontée : Gwendoline, après avoir beaucoup bu -j'imagine- et néanmoins passé la nuit avec celui qu'elle déteste -je crois- mais qui, en fait, est l'homme de sa vie -j'en suis sûre- descend dans la cuisine et réussit à surmonter la nausée et la migraine que lui provoque sa gueule de bois afin d'avaler les oeufs brouillés que l'homme est en train de lui préparer.
Cela peut être considéré comme une magnifique preuve d'amour, certes. Mais également comme une erreur de la pire espèce : ne pas révéler, au premier jour, à l'homme avec qui on va passer le reste de sa vie, qu'on préfèrerait un bouillon de légumes à des oeufs, c'est s'exposer à s'en voir resservir après chaque excès de Bourgogne Aligoté. Et, après, c'est un peu tard pour l'avouer.
Quoiqu'il en soit, Gwendoline, en ce jour mémorable du début de l'amour, enfile un jogging rose qui, le sait-elle, avantage son teint et détourne l'attention de ses cernes.
Le jogging rose comme outil de séduction, voilà quelque chose que j'ai appris quelques jours avant de me marier avec un homme qui ne m'a jamais vue en jogging et sait très bien cuisiner les omelettes.
Yoshimi, elle aussi, m'a complimentée sur mon pull. Et comme je remarquais devant elle que, en France, à part en couleur de cheveux, je ne portais pas de rose, elle en a conclu "alors, tu es plus heureuse ici". Car Yoshimi m'a dit que le rose est la couleur du bonheur.
Ce matin, en en mettant sur mes yeux, je me suis tout de même demandée si ça n'était pas un peu redondant.
PS : Le rose version vichy me va bien aussi. Je ne l'aurais pas parié.
PS 2 : Quant à ta bague, je ne compte plus les regards envieux qu'elle suscite.
PS3 : La leçon du rose a inspiré une jolie maxime rimée à Ju et ce serait dommage de t'en priver : "Il est bien connu qu'aux lendemains avec un inconnu, un jogging rose arrange bien les choses."
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Chère Ga,
Par gwen le jeudi 13 décembre 2007 dans Otsuka
(Faire sa connaissance m'avait définitivement mise à l'abri de la tentation de quitter volontairement la vie : si vivre c'était rencontrer d'aussi belles personnes, alors oui, ça valait le coup. Et, en effet, vivre c'est ça. Ca ne s'est jamais démenti.)

Nous avions 15 ans. Nous chantions "la bombe humaine, c'est toi, elle t'appartient" et "demain ça s'ra vach'ment mieux".
Nous nous voyions certains dimanches de chance. Où, après avoir couru, nous nous allongions sur l'herbe et le temps passait toujours trop vite.
Il était en sport-études à Font Romeu, à un millier de kilomètres de chez moi.
Quand je regardais une carte de France, c'était être un peu avec lui. Font Romeu, c'est tout au bout de la nationale 20, cette route que, par la fenêtre de ma chambre, à travers un rideau d'arbres, je pouvais apercevoir. A force de regarder les cartes, je connaissais l'itinéraire par coeur. Et je le connaissais par coeur, en effet, pour l'effectuer jusqu'à Toulouse tous les étés.
C'est après que tout restait à imaginer. Parce que je ne suis jamais allée dans les Pyrénées.
Et, encore maintenant, ça me fait cet effet.
Je regarde une carte de France en direction du sud, je regarde le nom de cette ville où tu habites et où je ne suis encore jamais allée.
Et c'est -déjà- être un peu avec toi.

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Chère Gwen,
Par Madame Gâ le jeudi 13 décembre 2007 dans Rue Meyrueis

le petit théâtre du mercredi est toujours le même. Tout comme ces chemins quotidiens, qu'on finit par bouder au profit de raccourcis incertains, je suis persuadée que je serai soulagée de finir la saison, à l'heure de la dernière représentation.
Une fois par semaine j'y accompagne mes trottinettes -qui vont en trottinant de joie, sculpter et jouer de la musique. J'ai alors une heure devant moi. Parfois je lis, parfois je sors dans le parc, parfois rien.
Il y a les mêmes personnes, presque au même endroit, accompagnées des mêmes enfants. La dame qui fait son intéressante et me parait surjouer sa propre vie, la dame si douce si calme qui n'écoute pas ce qu'on dit et déroule sa petite histoire, quoi qu'on lui réponde. La maman du petit garçon qui nous guette, amoureux de Judith, qui attend de voir où elle va s'assoir pour poser son anorak sur la chaise d'à côté, le prof de piano qui déambule régulièrement pour faire des photocopies, avec ses bredouillements et ses phrases inachevées -j'ai une dent contre lui. Et moi je soupèse un peu mes mots, je ne veux pas en user trop ; je bats en retraite, une fois encore.
Le petit théâtre du mercredi est toujours le même, et moi, je suis de plus en plus forte à ce jeu-là.
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Chère Ga,
Par gwen le jeudi 6 décembre 2007 dans Otsuka

ma vie ressemble souvent à une comédie musicale dans un décor de guimauve.
Ces jours où le bleu du ciel fait presque mal aux yeux et où, à vélo dans Tokyo, j'ai l'impression de fendre la mer.
Ces jours où tout le monde me sourit -encore plus que d'habitude. Où le simple achat d'un mochi au yuzu est prétexte à la conversation. Où le photographe me fait cadeau de 200 yens. Où la serveuse du café devance ma commande parce qu'elle m'a reconnue et qu'elle a retenu ce que je bois d'habitude. Où tous les feux passent au vert quand j'arrive. Où un chauffeur de taxi me laisse passer et incline la tête en réponse à mon sourire.
Ces jours où je me dis "là, je suis heureuse !" et où, si le génie de la bouteille m'apparaissait et me demandait ce que je souhaite de plus, je serais bien embarrassée pour répondre.
Enfin si ! J'en ai bien une petite idée !!! (Et toi aussi, tu sais !)
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Chère Gwen,
Par Madame Gâ le jeudi 6 décembre 2007 dans Rue Meyrueis

Un panneau à l'entrée du square "Cet espace est à vous, protégez-le".
Protégeons la ville, la nature, la planète. Les enfants, les écoles, la famille. La patrie. La liberté.
Depuis que j'ai quitté l'analphabétisme, je retrouve l'ouïe, la vue et la responsabilité.
C'est pas idiot, c'est même assez sensé ; un bon sens pédagogique.
Dans le journal un témoignage de victime : "Ici, dès qu'il y a un problème, on crée une cellule de crise, on appelle les psys". De la discussion, des suppositions, des explications, de l'argumentation, et peut être même du babillage.
Un vieux film d'Arnaud Desplechin, des ancêtres de bobos, des conversations interminables, peu d'action. Des cigarettes.
Ah, parole, parole, parole.
Tu me tues, tu me fais du bien.

