ca a été plus fort que moi. Je t'entendais rire d'ici, et même taper tes cuisses d'incrédulité, et pourtant j'ai foncé. Un peu comme quand j'engloutis des sucreries après dix jours de diète, que ma main parait hors contrôle et que ma bouche est de connivence, comme dans les rêves angoissants où je veux crier et que ma voix n'est plus là. J'ai ouvert le tiroir, attrappé les bouts ronds de plastique, sans quitter des yeux mon objectif, enfilé mes doigts dans les oeillets, calé mon annulaire sur la virgule ergonomique. Je me disais "non", et mon bras faisait "oui".
Je me suis encore retaillé la frange. A coups francs et irréguliers, sur cheveux secs, en 10mn j'ai maculé le lavabo de millier de petits poils courts, éparpillé sur mes yeux la ligne droite tracée de main experte il y a 10 jours par la coiffeuse rondouillette du salon Unik (qui s'est sentie obligée d'agrémenter le silence d'une remarque de professionelle en rallongeant de son accent chaque mot de la sentence :"ça fait du bieng de les couper, ça faisait longgtemps, nong?" Tu saurais, si tu m'avais eue comme cliente -avant que nous ne devenions des vraies copines, s'entend- que je ne suis pas du genre contrariant, surtout lorsqu'il s'agit d'articuler quelque chose de pas complètement à côté du sujet lors d'une conversation d'apparat, au milieu des souffleries de sèches cheveux et de la radio populaire. "oui" j'ai dit, alors que soyons honnête, trois mois c'est pas la mer à boire, pour un cheveux).
L'histoire de ma vie est jalonnée tu le sais, de cet état de manque qui toujours a le dernier mot. Je veux une frange courte, je veux voir mes sourcils, je veux cette sensation d'avoir le visage tendu par une barre de cheveux riquiqui. Je veux cette chose si jolie sur un visage exangue, et qui sur moi, perd de sa superbe.
Alors bon, c'est évidemment un travail de cochon, j'ai le front en dents de scie, les tempes abandonnées ni-faites-ni-à-faire parce que mon courage m'a lâchée au moment où j'hésitais entre playmobil et bonnet de bain. Du coup je secoue vigoureusement ma tignasse de temps en temps, pour ébouriffer un maximum des cheveux dont le but dans la vie est de rester plats et lisses quelques soient les traitements et la volonté de la tête où ils logent.
Je ne suis pas mécontente à vrai dire ; avec un effet froissé ça aurait même de l'allure. Si ce n'est que j'ai subitement l'air d'avoir attrappé un Gilles de La Tourette.
