
normalement, la rentrée est une histoire qui n'existe plus. D'aucun ont continué pendant longtemps à se sentir concerné(e)s par les dossiers rangements des magazines, et à se fournir en boites et séparateurs de tiroirs dans le but secret d'effectuer LE rangement ultime dès que Septembre pointait son nez (tandis que d'autres moins aguerri(e)s, se contentaient, comme tout adieu à la plage et au farniente, de dépenser l'énergie restante dans une séance prolongée de photos d'identités).
Bref, tout ça est derrière nous, et j'ai cessé depuis longtemps de m'acheter trousses neuves et agendas rutilants ; d'autant que personne n'attend mon retour de pied ferme, passé la fin Août, pour accomplir diverses tâches importantes et dûment rémunérées.
Sauf que, ("Justement", dirais-tu), des choses vont arriver ! Doivent arriver ! Des choses nouvelles et boulversantes qui vont révolutionner ma vie (professionelle). Dans ce contexte de succès annoncé, et néanmoins, tu ne me contrediras pas..., mérité, je te serai lontemps reconnaissante de me permettre d'arborer, avec nonchalance et fierté mêlée, sous le vent d'une rentrée qui finira bien par arriver, une petite tête neuve, prête à encaisser la charge.
Chère Gwen,
Par Madame Gâ le jeudi 30 août 2007 dans Kamiyama
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Chère Ga,
Par gwen le mercredi 29 août 2007 dans Otsuka
à nos rendez-vous, je te faisais attendre.
Chaque semaine, ils étaient joyeux, gourmands et bavards.
J'admirais ta désinvolture, à porter des robes de femme fatale comme un simple jean. Je maquillais parfois tes yeux. Tu m'apportais quelques numéro de presse française et féminine. Je souriais en voyant tes découpages dans le dossier "frange : le retour" !
Nous parlions de l'avenir et de ses incertitudes avant de nous résoudre au jour le jour.
Nous parlions de l'amour sans douter de son avenir et de ses certitudes.
Nous regardions l'appareil photo avec le détachement et le professionnalisme des mannequins.

Aujourd'hui, tu vas venir chez moi, jouer à la dînette. Puis nous irons manger des manjus au Mugimaru 2.
J'appuierai sur le bouton du retardateur en essayant de ne pas penser que c'est notre dernier jeudi à Tokyo.

A la liste de nos duos improbables, de nos ritournelles incontournables, j'aimerais ajouter une reprise de ce morceau que, hélas, je chanterais en solo : Don't go.

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Chère Gwen,
Par Madame Gâ le jeudi 23 août 2007 dans Kamiyama

l'horizon est changeant ces jours-ci. Je rejoue exactement notre emménagement, jour après jour, et à l'envers. Les murs blanchissent, les placards se vident, les pièces se tordent un peu avant de reprendre leur forme première, sans meubles, la lumière devient plus crue au fur et à mesure que l'on se débarrasse des lampes et qu'on s'en remet aux plafonniers.
Et dans ma ligne de mire, rien. J'ai la chance extraordinaire de me maintenir dans l'improvisation et le jour le jour, sans me poser aucune question ni projeter quoi que ce soit. C'est confortable, reposant et bien la moindre des choses après tout, tout bouge suffisamment comme ça!
Pourvu que ça se prolonge encore, un peu (quitte à glisser dans l'inconséquence et l'irresponsabilité...).
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Chère Ga,
Par gwen le jeudi 23 août 2007 dans Otsuka
te souviens-tu de l'horoscope désespérant que le n° de janvier de Biba réservait à mon signe ?
Un peu plus tard, le supplément astro de ELLE avait corroboré la désertion totale de mon ciel par les planètes bénéfiques. Que je ne compte pas sur leur aide : si je m'étais mise dans une telle situation, c'était à moi et à moi seule de m'en sortir (tu sais, les Japonais disent la même chose avec leur "ganbatte" !)et, jusqu'en septembre, que je ne m'attende à rien, ma vie resterait chaotique.
J'étais curieuse, tu imagines, de voir ce que me réservaient les astres à partir de maintenant...
Bon.
Finalement, je vais devoir encore patienter un peu... Jusqu'en "2008 et ses succès".
Mais je peux me réjouir : "Saturne, la planète qui fait tenir debout", entre dans mon signe. Ainsi que Mars et Uranus qui me feront lutter pour ma liberté.
Heureusement, je sais vivre sans les astres et leurs mirages et, au tout au long de 2007, je me suis passée de Saturne pour rester droite.
Je n'aurais su, en revanche, me passer des mots.
Ceux de tous nos rendez-vous mais aussi ceux de tous les courriers que je peux recevoir dans mes boîtes de toutes sortes.
L'autre jour, justement, à la gare, juste avant d'entamer son long retour vers la France, Cat s'est servi de mon sac comme d'une boîte aux lettres et y a glissé cette carte.
Mars et Uranus arrivent un peu tard.
Je suis une grande fille.

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Chère Gwen,
Par Madame Gâ le jeudi 16 août 2007 dans Avenue de France
trois pas en avant, trois pas en arrière. Je reboucle ma valise pour un dernier tour dans l'autre sens. Et cette fois-ci elle est vraiment vide! Une brosse à dents, un livre, un gilet, et 10 litres de néant, réservé pour le meilleur : mes souvenirs.
Aurais-je assez anticipé pour caler dans mon escarcelle bleue toutes les saveurs de thé, de garnitures d'onigiri, de texture de tofu? Pourrais-je en forçant y inviter de la dînette, de la couleur de ciel, des tissus et des motifs adorables? Seront-ils trop nombreux, nos éclats de rire, nos shopping et nos séances photos? Combien de dîners, de pique niques improvisés sur l'herbe rêche à plier pour qu'ils tiennent? De pédalades folles, de virées nocturnes, de cafés croquignolets, de chants de semi? Et la moiteur, et l'odeur de l'air, le bruit des sonnettes des vélos, le bip-bip des avertisseurs de recul, les cris des éboueurs, la pétrolette rouge du facteur (et son sourire, et ses lunettes), les chats du soir, la harpe du voisin?
Crois-tu que j'aurais gardé assez de place, finalement, pour ramener des réserves de Tokyo?
Et si cela ne tenait pas, pourras-tu m'aider, alors, à n'en garder que le meilleur?
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Chère Ga,
Par gwen le jeudi 16 août 2007 dans Otsuka

Nous étions à Dimanche, un mardi, lorsque Géraldine m'a parlé de la théorie qui dit -en gros- qu'il y a, en chacun de nous, un peu d'animal.
Ainsi, investissant un nouveau lieu, nous nous conduisons en chat qui délimite aussitôt son territoire : déposant une bougie parfumée sur le rebord de la cheminée, plantant un clou dans l'entrée pour y accrocher les clés, retapissant le couloir dans une couleur plus claire, perçant des trous dans la cuisine pour y installer l'étagère des boîtes à thé, posant un tapis confortable dans le salon.
Ou en chien qui attend de voir : laissant les meubles s'organiser entre eux et se poser là où ils en ont envie. Et commençant à vivre avant de savoir dans quel placard sera rangée la salière.

Le jour où j'étais enfin venue visiter l'appartement que j'avais loué les yeux fermés, j'avais punaisé, sur un pan de mur, cette photo que j'avais prise dans le moment heureux d'un café bruxellois.
Puis j'avais refermé la porte à clé et retenu mon envie de pleurer.
La bibliothèque s'est construite, petit à petit, sous cet instant en noir et blanc.
Il y a quelques semaines, quand j'ai décroché le café, l'ai repunaisé à côté de l'étagère, pas loin des boîtes à thé, dans la cuisine... Quand, à sa place, j'ai accroché tes illustrations... J'ai repensé à ce jour qui m'a paru si lointain et si étranger, ce jour où j'avais pu imaginer être malheureuse.
Et toi, Ga, emménageant dans ce nouvel appartement, y seras-tu chien ou chat ???
Je parierais volontiers que, de toute façon, toi aussi, tu y seras heureuse.
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Chère Ga,
Par gwen le jeudi 9 août 2007 dans Otsuka

Les mochimochipans ont un goût de province et d'été et tester tous leurs parfums peut être le but de quelques jours de vacances.
Leur mie est dense et élastique et douce tout à la fois.
Les mochimochipans pourraient vite devenir familiers sans qu'on s'en lasse.
Fromage, chocolat, yaourt... Je suis sûre que tu renoncerais à choisir et que, au Fred's café, nos plateaux seraient également garnis !
Lorsqu'ils sont verts et parsemés d'azukis, c'est tout le Japon qu'on a en bouche et sur les lèvres : "machamochimochipan" est un mot magique qui permet -enfin- la télétransportation au pays des rizières, du thé vert et du sésame noir.
Dis-moi, quand reviens-tu ???
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Chère Gwen
Par Madame Gâ le jeudi 9 août 2007 dans Avenue de France
Graeme m'avait prévenue : "Il faut que tu commences à envisager que ta vie ne soit pas vraiment intéressante pour les autres", et j'avais souri, au diapason avec le coin de sa bouche retroussé, mi-figue mi-raisin, humour anglais. Graeme n'est pas un prophète mais Graeme sait. C'était le jour du restaurant à poissons, ceux que l'on pêche avant de manger (j'avais moins mangé d'ailleurs). Graeme n'est pas mon gourou, c'est juste un habitué de l'expatriation, un adepte du grand écart, un usager du pare choc salvateur.
Je sais n'être que convenances désormais, moi aussi. Et c'est si facile finalement de s'abandonner à ce petit rôle, il suffit de se conformer au ton de la conversation, et à ce que l'on semble en attendre. Je sais faire ca.
Et pendant ce temps ma vie d'ici, redémarre et fourmille, un peu engourdie, dans le bout de mes doigts ; je retrouve par réflexe ce que je pensais égaré, mon existence hexagonale reprend forme avec une silhouette plus souple qu'auparavant.
Tu sais la seule chose qui me fait vraiment défaut (à part parler avec toi)? C'est que les gens ne savent pas aussi bien se taire que moi.
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Chère Gwen,
Par Madame Gâ le jeudi 2 août 2007 dans Paris
j'ai dévisagé tout le monde à la gare. C'était plus fort que moi (et de toutes façons, j'étais en train d'attendre).
Tout (les visages, les vêtements, les démarches, les bribes de conversation qui me parvenaient, les gestes, les coiffures), tout me semblait étonnament caractéristique : une jeune fille en pantalon baggy qui s'adresse à la station "accueil" plantée au milieu du hall (elle marche lentement et tout en elle sourit en permanence, même son dos quand elle s'éloigne ), une famille avec un chien, des enfants aux sacs a dos assortis (ils ont l'air pressé, le chien renifle ce qu'il peut, la mère porte un enfant et tire sur la laisse), une dame qui a une coupe de cheveux désastreuse, (elle fume en se justifiant "mais je ne pouvais pas savoir!", à sa voisine à l'air fachée), une grande dame noire, (son pantalon la moule, la taille au dessus devait bailler au niveau des reins), une jeune fille au pull bleu (jolie couleur), une mère et sa fille, se desservant l'une l'autre en portant le même motif sur leur chemisier (jeunisme et mémérisation), une femme sans âge aux coudes ridés, (ses boucles tirent sur ses lobes détendus), un homme qui suit sa femme, laquelle lui parle sans se retourner (peut-il entendre?).
J'aurais pu rester des heures, mais j'avais, moi aussi, un train à prendre.
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chère Ga,
Par Madame Gâ le jeudi 2 août 2007 dans Otsuka

Pour m'avoir attendue à tant de nos rendez-vous, tu sais à quel point la vie à Tokyo -quand on est immobile et qu'on la regarde passer- ressemble à un immense clip dont on choisit la bande son grâce à notre iPod.
A Takadanobaba, je n'attendais personne, seulement l'heure du train.
Ca m'arrive encore, quand je regarde tous ces visages, toutes ces silhouettes défiler devant moi au rythme des feux, de m'étonner d'habiter ici. De faire partie de cette ville. De trouver si naturellement ma place dans la foule. D'avoir le sentiment d'être une pièce parfaitement adaptée à ce puzzle démesuré.
