
l'humidité remonte du sol et vient se nicher dans le creux de mon cou, entre les clavicules ; tout mon corps résonne de moiteur poisseuse étouffée sous mes vêtements, et sort en bouffée chaude quand je me penche, quand je me baisse, quand je tends un bras, quand je cherche mon téléphone. Je pense que la sueur rend fou, comme le vent rend fou, comme la petite tension finit par avoir raison des ladies qui se croient fortes et ont des vapeurs en cas d'agitation un peu poussée.
Je t'ai envié maintes fois ton Luxembourg cette semaine, sauf vendredi, et puis mardi ; mais l'orage qui sourdait chaque jour ne s'est finalement pas déclaré.
Je me suis reprise et me suis alors jetée à corps perdu dans une occupation ô combien futile mais sans détour, manuelle et répétitive.
Et puis je ne peux pas me plaindre : tu m'as donné le carrefour d'Ikebukuro.
Chère Gwen,
Par Madame Gâ le jeudi 28 juin 2007 dans Kamiyama
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Chère Ga,
Par gwen le jeudi 28 juin 2007 dans Otsuka

Les trains sont des lieux où, tous, nous sommes sincères. Ongles pailletés, chaussures à talons, belles cravates, qu'importe : les trains font se rompre les digues des apparences.
Ces voyages sont l'occasion de rentrer en nous-mêmes sans plus nous soucier de notre entourage.
Loin de nos appartements, ce sont dans nos pensées que nous mettons de l'ordre.
Ce temps entre parenthèses, rythmé par les annonces du conducteur ou d'une voix synthétique, n'existe pas réellement.
Et quand le sommeil brutal et sans fond des trains nous prend en otage, il le gomme, ce temps passé en voyage.
Je les regarde, ces gens qui s'abandonnent au sommeil, ces filles qui se maquillent, ces vieilles personnes qui serrent leurs pieds l'un contre l'autre. Ces visages neutres dans lesquels je vois passer un peu d'enfance.
Dans le train, j'écoute le journal de midi trente.
Et je me dis que, décidément, je suis étrangère.
Ici, ailleurs, je suis étrangère.
Je suis étrangère au monde.
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Chère Ga,
Par gwen le jeudi 21 juin 2007 dans Otsuka

Encore moins qu'à n'importe quelle période de l'année, je n'aimerais être un teckel -même les oreilles au vent, même les pattes posées sur le rebord du panier, à l'avant d'un vélo- à ne pas pouvoir le retirer, ce manteau à poils longs.
Mon sac n'y rentrera bientôt plus, dans mon panier.
Comment continuer à mener une vie nomade et légère avec l'été ?
A la panoplie habituelle et inamovible -feuilles vierges de tous formats, stylos de toutes les couleurs, boîte à musiques, boîte à images, téléphone rose, multiples outils de travail... - s'ajoutent tous ces accessoires qui font de mon sac une annexe de mon appartement.
Manches longues en cas de clim', longue écharpe à pois, bouteille de mugicha, serviette éponge, éventail, spray anti-moustiques, trousse de maquillage...
Difficile d'être spontanée au moment du départ...
Ici, à la question "quelle est votre saison préférée ?", personne ne répond l'été.
De là à penser qu'on pourrait passer outre, se mettre d'accord pour substituer le 21 septembre au 21 juin...
Signerais-tu une telle pétition, toi ?!
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Chère Gwen
Par Madame Gâ le jeudi 21 juin 2007 dans Kamiyama

on m'a prise pour une japonaise il y a quelques jours. J'étais perdue, au plus profond de mes pensées, assise à fumer sur le muret de la sortie nord de la gare de Shimo, après la matinée chargée (les gâteaux d'anniversaire, le rendez-vous dentiste à l'école) ; brassée par la bière du déjeuner anglo-japonais, la chaleur, la dispute. L'arrêt au Zakka de la rue en pente résonnait d'accordéon léger, de chansons françaises enfantines, et de nostalgie, celle des pays qui n'existent plus (devient-on jamais aussi poétique que ces babioles usées?).
Quand "Sumimasen ? ", on m'interpelle, on me questionne. Mais je parle mal japonais, même celui des gaijin, alors j'ai retiré mes lunettes, pour être convaincante.
Au Peacock, j'ai subi l'ambiance sonore particulièrement plombante, j'avais dans la tête cette chanson de Renaud ; je n'ai jamais été fan, mais quand Marion la jouait au piano, ça me faisait frissonner.
Je suis rentrée en passant par le square. Quatre demoiselles y répétaient une mélodie en canon, étrange et mystérieuse.
Des sirènes, sans doute.
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Chère Gwen,
Par Madame Gâ le jeudi 14 juin 2007 dans Kamiyama
je m'installe et mes angoisses reviennent, à l'instant où m'effleure l'idée de m'y jeter. Pire qu'une bénigne allergie au travail, la sournoise frousse de la page blanche s'est encore assise avec moi.
Je devrais la connaître par coeur et savoir comment la contourner. Mais les vers qui me rongent le ventre engourdissent les tentatives de sauvetage trop rapide, les traits familiers vite esquissés-vite réussis, le petit footing du poignet. Je change de stylo, tripote les feuillets précédents, observe un peu l'étagère.
Un encouragement lancé par delà des barrières de sécurité contenant des supporters divers, qui sont autant de versions de mes motivations, fond doucement ; j'allume une musique, modifie l'éclairage, range en grappe les ustensiles éparpillés, par groupes thématiques. Ca peut prendre un temps fou : vaut-il mieux les ranger par genre (les feutres, les plumes, les crayons), ou bien par couleurs (les noirs, les gris, les gras)? Et la page a gagné 5 minutes.
En face, au delà de la barrière qui sépare les promesses tenues de l'inaccompli, parmi mes têtes familières, j'aperçois une réussite récente, une satisfaction à l'expression apaisée, et un courage vraiment motivé, toujours pédagogue, qui m'englue d'une lithanie bien sentie.
Comment crois-tu que je m'en sorte? Les jours lumineux, avec une pirouette, quelques papiers découpés et des ratures froissées dans la poubelle. Les jours sombres, par un abandon du siège, une humeur de chien et une culpabilité qui va croissant.

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Chère Ga,
Par gwen le jeudi 14 juin 2007 dans Otsuka
Cela ne m'arrive pas si souvent mais, parfois, j'aimerais être une lectrice de BIBA. Je veux dire : une vraie lectrice de BIBA ! Pas une dilettante comme je le suis...
Une femme approchant doucement de la quarantaine, mariée et mère de deux enfants, cadre dans un bureau ou une agence.
Qui accomplit typiquement un travail que nous -ni toi, ni moi- ne ferons jamais et que nous serions bien incapables de définir.
Des journées que l'on peut imaginer faites de projets à monter, de dossiers et de comptes à rendre, de multiples réunions.
Ce genre de journées où, à la machine à café, on parle du bulletin scolaire du petit dernier, de la réservation du club dans un pays ensoleillé pour les prochaines vacances mais aussi de la stratégie à mettre en place pour perdre les quatre kilos pris pendant l'hiver -si seulement on réussissait à ne plus sucrer son café- et de la petite robe à fleurs qu'on aimerait voir soldée à la fin du mois...
J'aimerais être une femme qui, le soir, retire avec satisfaction ses chaussures à brides, embrasse ses enfants et leur demande des nouvelles de leur journée. Qui trempe son doigt dans la sauce tomate qu'elle est en train de réchauffer et se souvient de la saveur de l'été dernier, quand elle avait cuisiné cette sauce, en plein coeur du mois d'août -les tomates éclatées, cueillies et déposées à l'ombre, restaient encore chaudes pendant longtemps.
Puis, après le repas, s'installe sur le canapé, replie ses jambes sous elle, répond oui distraitement à son mari qui lui demande si elle veut une infusion et ouvre son magazine en poussant un soupir de bien être.
J'ai parfois envie d'être cette lectrice, un peu comme j'aurais envie d'un voyage vers une destination exotique, envie d'un dépaysement total.

Et puis, finalement, tu le sais, je ne suis pas une grande voyageuse ! Et mon balcon au soleil est une destination qui me suffit. Pourvu que la théière soit pleine et le livre bon !
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Chère Gwen,
Par Madame Gâ le jeudi 7 juin 2007 dans Kamiyama

j'ai bien le droit, sans fard aux joues, sans niaiseri-sation devant l'éternel, de dire que j'aime le rose? A la seconde où cette pensée se manifeste et s'installe, décidée à rester longtemps, je rougis un peu de baisser publiquement les bras devant la pression mise en place aux plus jeunes heures de ma vie, comme à celles de mes congénères aux qualificatifs en "e", d'adhérer à sa layette. J'ai donc longtemps lutté, snobant le fushia, le rose, et le lilas, ne répondant que sous le manteau aux avances du rose bonbon et à l'épanouissement d'une teinte qui me paraissait plus sage que le rouge, moins exubérante, pensais-je, que l'orange, ne m'autorisant comme toute féminisation affichée que le vieux rose du pétale fané.
Mais la roue a tourné, l'eau a coulé sous les ponts, une bougie de plus s'est allumée, et j'ai cessé d'être trop âgée pour ça. La palette que tu as dégradée sur mes paupières fut la clef de ma boîte de pandore. Je suis rose, je suis fille, je suis fleurs et sucreries.
Mais j'ai bien le droit, aussi, de faillir : de ne pas pour autant fondre devant les petits chats, les macarons et le point de croix, le liberty, les gâteaux à la fraise et les ouvrages de dames, n'est-ce pas ?
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Chère Ga,
Par gwen le jeudi 7 juin 2007 dans Otsuka

tu sais comme moi, tu sais mieux que moi que la colorimétrie n'est pas une fantaisie.
Et que quand, selon mon humeur, la météo du jour ou la nature du rendez-vous, je borde mes yeux de couleur, je ne suis pas une fille futile.
Mes fards sont de la marque "la pensée" et me maquiller est un acte réfléchi.

Moi qui, s'il s'agissait de colorer un chassis, ne saurais pas même dans quel sens tenir le pinceau,
moi qui, si ma trousse de maquillage n'était pas aussi garnie, serais capable de t'envier ta boîte de pastels,
je peins ma bouche et teinte la minuscule toile de mes paupières avec les couleurs du Japon.

Gris saison des pluies. Vert macha. Rose Koenji. Bleu ciel de Tokyo. Rouge Odaiba.
