Nos Jeudis

Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 31 mai 2007 dans Kamiyama

Quand je vois à quel point certains jours, me suffisent ma théière et son doux fumet, une table et quelques crayons pour me sentir raccord avec moi-même, je me dis que la vie est simple et je ne comprends alors plus du tout pourquoi tout paraît, les autres jours, si compliqué.

Quand je vois le printemps s'épanouir en un été bientôt mûr où le vent est, parfois, soulagement, mes pulls reculer au fond de l'armoire et s'avancer les t-shirts bras nus, quand se succèdent sans saccades ni heurts les moments "rien" et les moments "tout", quand je sens mon monde tourner avec une facilité déconcertante, je ne peux m'empêcher de penser que c'est moi, les autres jours, qui suis compliquée.

Tu penses vraiment qu'on pourrait échapper à la saison des pluies?

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 31 mai 2007 dans Otsuka

de même que je me crois incapable de devenir l'amie d'un être qui n'aurait pas un seul livre dans le coeur à défaut d'en avoir près de son lit, je n'ai jamais frayé avec une personne qu'une tasse de thé laisse complètement indifférente, qui sache opposer une résistance à l'évocation d'un massala, d'un lapsang souchong, d'un matcha ou d'un darjeeling.

De même qu'une théière pleine est l'essentiel ustensile des heures de lecture, elle est aussi celui des heures d'amitié.

Les parfums du thé sont infinis et leurs noms me font rêver, voyager ou me transforment en héroïne de roman.

Un peu Mrs Dalloway devant un thé des Lords.
Un peu Anna Karénine en buvant du Prince Vladimir.
Un peu Yôko à l'heure du Sakura impérial.

Peut-être ne serai-je vraiment moi-même que quand je goûterai au thé de chez Mariage qui porte le même nom que celui du jus ambré, racé et épicé que, chaque jour, je vaporise à mes poignets : Bel Ami.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 24 mai 2007 dans Otsuka


Le jeudi, je vais passer la journée à la montagne et je me prépare comme si je partais en vacances.
La veille, je cuisine un bento plus ou moins inspiré : un cake au tofu et aux oignons. Ou des petits pains au sésame noir et au fromage. Ou un sandwich au poulet. Ou une salade de tomates...
Dans mon sac, je glisse aussi un livre et, dans mon iPod, quelques émissions de radio de la veille.
Les banquettes de la Odakyu sont un peu le prolongement du lit de chacun. Un dortoir où on ne choisit pas son voisin. On y soigne les déficits de sommeil. Les genoux se touchent, les coudes se collent, les têtes se frôlent (les rêves s'échangent-ils par capillarité ?), c'est une intimité un peu forcée.
Moi, j'essaie de ne pas (trop) dormir pour regarder par la fenêtre, ne rien manquer de ce paysage qui se modifie d'une semaine sur l'autre, ces rizières qui s'emplissent d'eau, ces arbres de plus en plus feuillus. Ces fleuves à l'eau claire. Ces variations de couleurs me ravissent.
A l'arrivée, les sommets sont dans mon dos. Et du soleil ou des nuages les caressent. Eté comme hiver, je sais que je ne vais pas m'en lasser.
Au bout du voyage retour, il y a ta nappe à carreaux, une recette surprise, des jolies couleurs sur tes yeux, une chenille-qui-redémarre improvisée et des chansons... Mes jeudis ressemblent à un film de Jacques Demy.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 24 mai 2007 dans Kamiyama

Quand tu arriveras ce soir, tu me trouveras affairée aux fourneaux, surveillant d'un oeil la progéniture et son appétit.
Je n'aurai pas, hélas, de panoplie complète, ayant échoué une fois encore aujourd'hui à mettre la main sur un tablier adéquat, si japonais, si vieillot, si mignon, si cucul. L'homme apportera le résumé de sa journée en même temps que les bières, et un coup de main pour contenir la jovialité bruyante des enfants surexcitées de te voir, se disputant ton attention dans un concours de cris.
Je terminerai ensuite notre dîner, l'homme déplacera la table, nous grignoterons des apéros ; j'ouvrirai la boîte contenant le dessert que tu auras emmené, les enfants aux dents fraichement brossées iront se coucher.

J'éteindrai alors la hotte si bruyante, les lumières de la cuisine, mettrai un peu de musique. Et installés dans notre rituelle soirée, nous commencerons à ne plus nous arrêter de parler.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 17 mai 2007 dans Kamiyama

Passer entre les gouttes est une activité rafraîchissante, ne trouves-tu pas? Encore faut-il pour cela avoir du temps devant soi (dans le cas contraire, les suées et autres flaques sournoises gâtent vite le plaisir). Je sais pédaler sans lâcher mon parapluie, large et transparent pour une protection et une conduite impeccables, je sais prévoir les prochaines gouttes et m'en accommoder, je sais aussi en profiter pour rajouter une troisième voix à celles d'Holden et de Jean Louis Murat.

Mais je suis un peu de mauvaise foi ; pour l'heure, mon thé fume encore, je n'ai pas quitté mon pyjama, la radio ronronne et mes crayons frétillent. Alors le ciel peut bien bouder et pleurer, et s'égoutter autant qu'il veut.

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chère Ga,

Par gwen le jeudi 17 mai 2007 dans Otsuka

Quand je suis au Book Off, je regarde si je peux y trouver pour pas cher ces compilations qui, entendues chez Afternoon Tea, ont pour effet de me donner envie d'être chez moi un jour un peu gris. A l'heure où j'entends l'eau chauffer dans la bouilloire, où j'ai déjà choisi le parfum et la couleur du thé et où j'ai le temps d'esquisser un pas de danse pendant que les muffins aux raisins achèvent de dorer dans le four.
Souvent, une tasse de thé sur une pochette d'album suffit à me faire envie, suffit à me faire imaginer la musique aux accents chauds qu'il pourrait receler.



Alors tu comprendras pourquoi, quand j'ai vu ce disque-là -et même si le printemps est déjà bien entamé, l'hiver déjà loin- je n'ai pas hésité !

Et pourtant -et j'étais à peine étonnée : ce n'est pas la première fois que ça m'arrive...- dans cette compilation, il n'y a rien d'audible ! Au contraire ! C'est même assez pénible à entendre !!!

C'est un disque qui donne envie de ces journées de printemps, légères et ensoleillées, qui débutent sur le balcon avec un tofu à la banane avant de se poursuivre, virevoltantes, dans les rues de Tokyo... Loin de chez moi !!!
(Reste, dans cette compilation, un livret aux jolies photos, je n'ai pas tout perdu !!!)

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Chère Gwen

Par Madame Gâ le jeudi 10 mai 2007 dans Kamiyama

Au Déli & Baking de notre connaissance, j'ai l'impression d'avancer. La table blanche est toujours un peu poisseuse, et j'ai commandé, pour changer, un thé à la mangue. Je voudrais y travailler mes dessins, croquer quelques idées. Mais au Déli de douce mémoire, je ne fais que lever la tête, attirée par les mouvements derrière la vitre. J'observe les passants, le ciel, les feuilles de l'arbre en face, la fleuriste qui s'active. Rien qu'en la regardant je peux sentir l'odeur caractéristique qui occupe ses narines : eau, jus vert, graines, bois frais, osier.

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Chère Ga,

Par gwen le jeudi 3 mai 2007 dans Otsuka

le gateau blanc

j'ai punaisé sur le mur de ma cuisine, ta recette du gâteau blanc. J'ai, ainsi, réalisé qu'il n'y avait rien de plus pratique pour suivre une recette (à moins de l'avoir parfaitement en tête mais à moi qui n'aime pas les chiffres, il y a toujours quelque chose qui manque : le thermostat ? le temps de cuisson ? le poids de farine ?). Depuis, je rêve d'un papier peint composé de mes recettes classiques.

Muffins. Scones. Petits pains au sésame noir. Cake agrume/pavot. (...)

papier peint Mais je ne voudrais pas avoir l'air de passer commande...

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Chère Gwen

Par Madame Gâ le jeudi 3 mai 2007 dans Kamiyama

Tokyu hands est une mine, j'ai beau le savoir, ça m'impressionne à chaque fois. J'y fais à chaque visite cargaison de choses inattendues, inespérées, que je range comme des denrées précieuses. Inévitablement, il y a une occasion de ressortir ces trésors de mes tiroirs, de décacheter le cellophane et d'utiliser les matières brutes, comme aujourd'hui où j'ai taillé, ciselé, creusé encore et encore, à la recherche de mon logo caché sous la gomme. C'est après un ratage et deux essais- soit une après midi entière-, que je me demande si finalement, tu me connais, si finalement ça vaut le coup... Les logos? Je l'avais oublié, désormais je m'en souviens: je n'aime pas ça !

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