Nos Jeudis

Chère Ga,

Par gwen le jeudi 20 novembre 2008 dans Otsuka

quelles que soient les toilettes pour femmes dans lesquelles on entre, on y trouve toujours des filles, plantées devant un miroir, en train de lisser leurs cheveux qu'elles ont déjà lisses, en train de placer des mèches qui nous paraissent déjà à leur place et leur regard semble hypnotisé par le mouvement de leurs mains.
Elles font de même dans les trains, dans les cafés, les yeux absents, le geste compulsif, répété à l'infini et j'espère qu'elles sont en train de penser à autre chose, que ce rituel participe à leurs rêveries, à leur réflexions.
Elle voyageait en face de moi et je l'ai vue, tout d'abord, ajuster longuement ses mèches raides. Puis, elle a rangé son miroir et branché son baladeur dont il s'est échappé un rythme parfaitement binaire.
Alors j'ai croisé son regard.
C'est une vision si rare que j'en suis restée interloquée et que je l'ai fixée un long moment, sans doute un peu impoliment car je ne voulais pas y croire : dans ses yeux, il n'y avait rien. Mais rien. Un vide abyssal.
M'est venue cette définition, à son sujet : "Sans espoir de Nobel".
Mais aussi, par un raccourci fulgurant dont sont capables les idées, j'ai pensé que son cerveau ressemblait peut-être à l'appartement rémois d'Eric.
Un appartement dont la seule ouverture sur l'extérieur était la porte d'entrée et dont la seule fenêtre, celle de la chambre, donnait... sur le salon.

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Chère Gwen,

Par Madame Gâ le jeudi 20 novembre 2008 dans Rue Meyrueis


le quartier des Beaux Arts est un quartier de playmobils. Tout y est un peu plus petit qu'ailleurs et semble avoir été pensé comme pour un diorama. Evidemment j'y aurais parfaitement ma place, avec mes fillettes assorties et mon romantique mari. Je n'y avais pourtant jamais songé auparavant.
J'y fais mon marché tous les mercredis, chez la même petite dame encapuchonnée, dont les yeux lancent des éclairs lorsqu'elle évoquent les "ils" responsables du malheur universel. C'est une rebelle, et j'aime aussi quand elle me fait un prix sur les salades en ajoutant "elles sont du jardin".
J'ai eu une pensée pour Helena Bonham Carter ce matin, en étalant du noir sur mes paupières, le noir des jours de mauvaise tête : mes cheveux en bataille, un air quelque peu hagard.
La placette est gentille, tout le monde semble de charmante humeur, on semblait tourner une comédie enchantée. Ma marchande m'a dit "vous avez une feuille sur la tête et c'est très beau". C'était beau, cette feuille jaune, et je l'ai pourtant chassé de mes mèches . "C'était très joli, on aurait dit une garniture", a-t-elle regretté.
Et nonobstant mes yeux noirs, tout ceux qui croisaient mon chemin ont été charmants avec moi : Pierre de l'atelier des filles s'est enfin déridé et causait à n'en plus finir, il semblait inspiré par les couleurs et les travaux de ses élèves ; l'homme au sandwich, qui a absolument tenu à m'accompagner jusqu'aux grilles du parc, me complimentant sur l'assortiment de mes couleurs (violet, pourpre, lie de vin) ; la dame entrevue à sa porte, m'invitant à rentrer dans son atelier épatant, taché de peinture, aux murs de vieilles pierres ; cet homme en jaune, enfin, perdu dans les rayons de l'épicerie, prêt à ne pas tarrir sur le lait de coco.
Mais il était l'heure, celle de rentrer préparer des cookies chocolat-sésame, de rentrer avec des mains de petites filles dans les miennes, nous racontant des histoires et des blagues, nous félicitant d'être ensemble, si bien, d'être si bien ensemble assorties.

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